dimanche 22 mars 2020

Le top 20 des années 2010

 
 
   Etablir un classement des meilleurs films de la décennie qui vient de s’achever : l’exercice est inédit sur ce blog. Etant déjà difficile à mener sur une année, ce travail, lorsqu’il est étendu à dix ans, est évidement encore plus délicat. Garde-t-on le même souvenir d’un film vu il y a huit ans qu’un autre vu il y a deux ans ? Les films, une fois rentrés dans la mémoire, continuent d’évoluer. Le souvenir que l’on en garde change. Et le film nous change aussi : chaque film vu affine peu à peu (mais pas tous dans la même proportion…) le regard que l’on porte sur le cinéma en général, et sur le film suivant en particulier. Un classement est donc tributaire de l’ordre des projections… mais la règle s’applique aussi aux cinéastes qui ont fabriqué ces films : on peut supposer qu’un cinéaste sortant un film en 2019 aura vu les films marquants du début de la décennie lorsqu’il préparait le sien. D’où l’importance de voir les films au présent, à leur sortie en salles. Dix ans, c’est aussi une longue période, pendant laquelle on a grandi, ce qui modifie autant sinon plus l’appréciation des œuvres.


1.      La vie d’Adèle
2.      Interstellar
3.      Boyhood
4.      Holy Motors
5.      Oncle Boonmee qui se souvient de ses vies antérieures
6.      Under the skin
8.      Burning
9.      The tree of life
11.   Faust
12.   Tabou
13.   P’tit Quinquin
18.   Elle
19.   Le guerrier silencieux
20.   Black swan

Malgré toutes ces difficultés, des évidences s’imposent. Elles sont ici au nombre de trois : « La vie d’Adèle », « Interstellar » et « Boyhood »[1]. Pour la suite de la liste, le classement est beaucoup plus flou, à tel point que je n’ai pas réussi à en retenir moins que 20… ce qui est déjà trop peu et laisse en-dehors de cette liste d’excellents films (mais qui figurent dans les classements de chaque année publiés sur ce blog) ! Notons que ce classement est dominé par les cinémas américain et français, puisque huit des films retenus viennent des Etats-Unis, et cinq de la France. Le festival de Cannes a mis en lumière la moitié de ces films lors de ces différentes éditions. Un seul film de la liste est un premier long-métrage (« Le fils de Saul »), mais trois sont issus de cinéastes ayant émergé durant cette décennie (Xavier Dolan, Nicolas Winding Refn, László Nemes). Enfin, trois de ces films sont des blockbusters.

Le cinéma en dix ans a bien changé. D’abord par ses conditions de projection : il est devenu quasi-exclusivement numérique, la pellicule étant maintenant réservée aux cinémathèques, festivals et à de très rares sorties événements (« Once upon a time in Hollywood » est le dernier exemple en date). L’euphorie de la 3D, qui battait son plein en 2010 dans le sillage de la sortie d’« Avatar », est lentement retombée mais s’est installée dans les usages – malheureusement, pour les blockbusters hollywoodiens seulement ou presque (parmi les rares exceptions, qui datent plutôt de la première moitié de la décennie, l’exemple le plus marquant est sans conteste « Adieu au langage » de Jean-Luc Godard).
Les salles de cinéma elles-mêmes ont changé, elles tendent désormais à être plus petites, pour répondre à l’augmentation incessante du nombre de sorties, et plus luxueuses (jusqu’à l’excès : l’aberration du format de projection 4DX).
Quand les films sortent encore en salles : les modalités de sorties des films aussi ont changé. L’une des évolutions majeures de la décennie, liée à la numérisation du cinéma, est la dématérialisation du film, qui a permis la montée en puissance des séries (qui ne sont donc plus forcément télévisées). En prenant en compte les plateformes numériques, le nombre de films et de séries proposés au public a explosé – mais pas leur qualité ! La dématérialisation brouille les frontières auparavant claires entre ce qui relève ou non du « cinéma » – à l’image, dans mon classement, de « P’tit Quinquin » de Bruno Dumont (d’ailleurs la seule comédie de la liste).
En dix ans, le cinéma hollywoodien a aussi évolué, et plutôt en mal. Les super-héros dont les histoires répétitives se déploient dans des constellations de films plus ou moins interconnectés se sont imposés sur les écrans du monde entier grâce aux formidables retombées économiques qu’ils génèrent. Le film n’est désormais plus que le produit de lancement d’une marque qui se déclinera en série télévisée, jeux, jouets et autres produits dérivés, à l’image de ce qui est arrivé à la saga « Star Wars » reprise par Disney. Dans ce contexte, la concentration des studios hollywoodiens (l’absorption par Disney de la 20th Century Fox) fait craindre toujours plus pour la créativité des blockbusters.
La manière dont on regarde les films est aussi en train de changer. La chute d’Harvey Weinstein à la fin de l’année 2017 est en train de bouleverser la manière dont on fabrique et juge un film[2]. Ses répercussions (qui s’étendent bien au-delà du cinéma) sont encore loin d’être absorbées...
Réussira-t-on à atteindre la parité à l’écran et dans la chaîne de fabrication des films ? Quelles conséquences cela aura-t-il sur les films produits ? Comment les salles de cinéma vont-elles résister aux plateformes de SVOD ? Des questions passionnantes dont on a hâte de voir les prochains développements dans cette nouvelle décennie 2020 !



[1] Et au-dessus de tous, « 2001 : l’odyssée de l’espace », grâce à sa ressortie en 70 mm à l’été 2018 – mais il reste hors catégorie puisqu’il ne date pas vraiment des années 2010…
[2] Alors que la tolérance de la société à l’égard des comportements déviants est en train de se réduire, la décennie 2010 aura paradoxalement été aussi celle durant laquelle ont été projetés les films réalisés dans les conditions les plus monstrueuses qui soient, comme « Il est difficile d’être un dieu » et « DAU »…

Le top 11 de l’année 2019

 
 
     Voici, pour la dernière année de la décennie 2010-2019, mon classement des meilleurs films de l’année passée :

1.      Le lac aux oies sauvages
2.      Too old to die young
3.      La flor
4.      Parasite
5.      Les misérables
6.      J’accuse
7.      Le chant du loup
8.      The irishman
9.      Une vie cachée
10. Sympathie pour le diable
 
Ce classement a la particularité de contenir deux œuvres aux durées monstres : « Too old to die young » et « La flor ». Le polar néon-noir de Nicolas Winding Refn dure 12h30, tandis que la collection de  six histoires de Mariano Llinas s’approche des 14h. L’œuvre de Refn a été diffusée exclusivement en ligne en 10 épisodes de durée variable – allant de 30 min à 1h30 – tandis que celle de Llinas est sortie au cinéma en France, par le biais d’un découpage  en quatre parties de 3h à 3h30. Ces précisions numériques mettent en évidence l’absurdité du débat « Est-ce un film ou une série télé ? », le cinéma ne qualifiant pas exclusivement les œuvres sorties en salle – même si la salle de cinéma reste sans conteste le meilleur lieu où découvrir un film, et à ce titre il était profondément regrettable de ne pas avoir pu voir le magnifique « The irishman » de Scorsese en salles en France.
2019 aura été une très bonne année cinématographique, grâce à une sélection officielle à Cannes d’un niveau rare (cinq films dans le top 10), des premiers longs-métrages français ahurissants de maîtrise (« Les misérables », « Le chant du loup » et « Sympathie pour le diable »), et même un bon blockbuster échappé de la bouillie super-héroïque d’Hollywood…

jeudi 30 janvier 2020

Les misérables (Cats)



Pourquoi être allé le voir ?
Tom Hooper est un réalisateur à la patte bien reconnaissable, auteur de l’excellent « The danish girl » (et du moins bon mais beaucoup plus connu « Discours d’un roi »). Il s’est fait un nom à Hollywood grâce à l’adaptation ultra spectaculaire de la comédie musicale « Les Misérables » en  2012. Ce succès lui a permis d’entreprendre sept années plus tard l’adaptation d’une autre comédie musicale, très célèbre dans le monde anglo-saxon, « Cats ».

Pourquoi le voir ?
Ce film ne ressemble à rien de connu. Il s’agit d’un véritable ovni artistique, qui regorge d’improbables surprises. Les quelques gags du film sont tellement pas drôles qu’ils en deviennent irrésistiblement drôles.
Les premières minutes sont particulièrement réussies : la mise en scène, à l’unisson de la musique, parvient à communiquer avec beaucoup de force le tournis qui étreint le personnage principal à son arrivée dans le monde de « Cats ».

Pourquoi ne pas le voir ?
Des premières minutes effectivement spectaculaires : elles donnent une envie difficile à réprimer de quitter la salle ! Le naufrage de ce film se ressent en effet dès sa première minute... et tout va ensuite (ou presque) de mal en pis. « Cats » est un accident industriel comme on en voit rarement sur nos écrans.
C’est d’abord d’une laideur inénarrable et difficile à supporter : la direction artistique est non seulement une horreur, mais elle est encore aggravée par le fait qu’elle soit servie par des effets spéciaux numériques très faibles... Signes manifestes et évidents des problèmes de production qu’a dû connaître ce film, ces effets spéciaux ne doivent pas être à la hauteur de ce qu’avait imaginé le réalisateur.
C’est ensuite narrativement complètement inconsistant. L’histoire de « Cats » ressemble plus ou moins une transposition de la « Star academy » au royaume des chats : une succession de chansons chantée par des chats (tous plus moches les uns que les autres) faisant leur autoportrait, dans un concours pour être élu et accéder à une sorte de paradis. Ce qui fonctionne peut-être sur scène (je n’ai pas vu la comédie musicale) ne passe pas au cinéma : une succession de clips ne fait pas un film. Sans mentionner les paroles des chansons, incroyablement ridicules...
C’est enfin mis en scène en motion capture. Ce qui s’avère être une erreur fatale pour tous les pas de danse et les acrobaties accompagnant les chansons, étant donné la qualité des effets spéciaux. Rien n’est crédible, tout est noyé dans une bouillie numérique, et fait terriblement faux : la magie d’un corps qui danse ne peut pas être captée si ce corps n’est plus visible.
« Cats » est donc un inénarrable nanar musical. Dommage pour Tom Hooper, dont on espère que sa carrière ne sera pas trop affectée par ce film douloureux.

On retiendra…
Il n’est pas facile de trouver une qualité au film, si ce n’est qu’il ne ressemble à aucun autre.

On oubliera…
Une suite de chansons ne suffit pas à raconter une histoire. La direction artistique est une catastrophe inouïe, et elle est de plus desservie par les pires effets spéciaux vus dans un blockbuster hollywoodien depuis bien longtemps…

« Cats » de Tom Hooper, avec Jessica Hayward, Jennifer Hudson,…

mercredi 8 janvier 2020

Perte de repères (The lighthouse)




Pourquoi être allé le voir ?
Robert Eggers avait réalisé en 2016 un impressionnant premier film horrifique, « The witch ». Mais si sa mise en scène était très maîtrisée, le film s’effondrait sous sa prétention. Son deuxième film, réunissant Robert Pattinson et Willem Dafoe, allait-il faire mieux ?

Pourquoi le voir ?
L’image et la mise en scène sont magnifiques. Le premier plan est sublime, tout comme les suivants en fait : chaque plan est superbement travaillé. C’est une plongée dans l’horreur – car on se doute bien, dès le début, que face à de si rudes conditions tout va aller de mal en pis – dont le plaisir est de découvrir à quel point celle-ci est profonde. Isolement, furie des éléments, esclavage, pénurie, alcoolisme, fantôme et sirène… Le film s’amuse à aligner tous les éléments du conte d’horreur matin, dans une histoire  pleine d’ellipses qui fait volontairement perdre la notion du temps. Le spectateur s’amuse aussi car « The lighthouse » est en fait très drôle – grâce notamment aux acteurs, qui s’en donnent vraiment à cœur joie. Cet humour qu’on n’attendait pas forcément est ce qui dégonfle la prétention de l’ensemble, contrairement à ce dont avait été victime le précédent film du cinéaste, « The witch ».

Pourquoi ne pas le voir ?
Si « The lighthouse » fait montre du même brio de mise en scène que « The witch » sans en renouveler la prétention, le film achoppe encore sur un défaut, qui est souvent un corollaire des films à grande ambition visuelle : il vire à l’exercice de style. Le scénario, à force de multiplier les pistes expliquant les dérèglements à l’œuvre à l’écran,  noie le sens du film. Et au final, seul s’impose un sentiment de vanité face à ce spectacle pourtant si beau.

On retiendra…
Visuellement superbe, faisant montre du grand talent de mise en scène de son réalisateur. L’humour.

On oubliera…
 La vanité de l’ensemble, qui vire à l’exercice de style.

« The lighthouse » de Robert Eggers, avec Robert Pattinson, Willem Dafoe,…

vendredi 4 octobre 2019

Dare D’arc (Jeanne)

Pourquoi être allé le voir ?
Depuis « P’tit Quinquin » en 2014, Bruno Dumont a opéré une métamorphose spectaculaire et sidérante de son cinéma – du sérieux extrême à la loufoquerie pure. Il tourne chaque année un film ou une série télé, qui a selon les circonstances de production les honneurs d’une sortie en salles. C’est le cas de « Jeanne », la suite de « Jeannette », formant un diptyque sur Jeanne d’Arc, adapté du poète Charles Péguy.


Pourquoi aller le voir ?
Comme « Jeannette », « Jeanne » est une sorte de comédie musicale. Mais le cinéaste n’aime pas se répéter et a donc encore décalé l’aspect musical de son film par rapport à « Jeannette » : la musique a été confiée au chanteur Christophe (qui signe notamment quatre chansons). Les comédiens n’interprètent plus les chansons ni ne dansent comme dans « Jeannette », la forme musicale du film est beaucoup plus classique, voire austère : Christophe chante seul toutes les chansons, et celles-ci ne sont accompagnées de quasiment aucune action à l’écran. Ainsi, la première chanson, « Chef de bataille », est seulement accompagnée d’un très long regard caméra de Jeanne. Mais ces chansons, qui reprennent comme les dialogues le texte de Charles Péguy, sont vraiment superbes et donnent admirablement le côté mystique au destin de Jeanne qui intéresse tant Bruno Dumont.
Un aspect amusant du cinéma de Dumont est qu’il est farouchement ancré dans le nord de la France : les plages du Nord qui servaient déjà de décor à « Ma loute » et « Jeannette » figurent ici les abords de Paris ou d’Orléans (il suffit juste qu’un personnage dise que ces villes se trouvent « de l’autre côté de la colline » pour que ce soit crédible), la cathédrale d’Amiens remplace avantageusement la chapelle royale du château de Rouen, et un blockhaus fait même office de prison !

Pourquoi ne pas aller le voir ?
On pensait ne jamais se remettre du virage de Dumont dans la comédie. Mais force est de constater que depuis « P’tit Quinquin », film après film, la nouveauté s’émousse. Dans « Jeanne », la plupart des ficelles de la mise en scène de Dumont paraissent usées. Il opère des décalages en confiant le texte ardu de Péguy à des comédiens non-professionnels, à la diction et aux manières étranges (beaucoup d’écarquillements de yeux, tels ceux du commissaires de « P’tit Quinquin »). C’est à la fois comique et émouvant (une vérité de jeu se dégage)… puis répétitif et ennuyeux. Or le film est essentiellement une longue succession de dialogues (ou monologues), plutôt difficiles à comprendre. De fait, si l’on y ajoute le jeu avec les décors, « Jeanne » se rapproche plus du théâtre que du cinéma.
Bruno Dumont a-t-il bouclé sa période « comique » ? Il est en tout cas revenu à une forme de cinéma très « théorique » : dans « Jeanne », on comprend les intentions de mise en scène, on les trouve même admirables, mais le résultat est ennuyeux à regarder et ne suscite pas d’émotion. Hormis (ou presque) lors des chansons, « Jeanne » ne touche que l’intellect et pas le cœur. Dumont semble avoir fait le tour du nouveau terrain cinématographique qu’il avait ouvert il y a cinq ans avec « P’tit Quinquin ». Espérons qu’il aille en défricher un nouveau pour son prochain film.

On retiendra…
Les chansons de Christophe, qui apportent l’émotion absentes par ailleurs du film. L’interprétation de Lise Leplat Prudhomme, très convaincante.

On oubliera…
Trop immobile, trop théorique, trop répétitif : « Jeanne » ennuit beaucoup.

« Jeanne » de Bruno Dumont, avec Lise Leplat Prudhomme,…

jeudi 8 août 2019

Camping (Midsommar)



Pourquoi être allé le voir ?
Dans un été hollywoodien complètement creux, ce film indépendant était la plus belle promesse de frissons. Il s’agit du deuxième long-métrage d’Ari Aster dont le premier, déjà étiqueté « film d’horreur », avait pas mal fait parler de lui (« Hérédité »).

Pourquoi le voir ?
Un film d’horreur aussi bien mis en scène, aussi original et prenant, aussi inquiétant, ça n’était pas arrivé depuis bien longtemps ! Le réalisateur commence par brouiller les pistes sur le sujet réel de son histoire : on craint d’abord d’avoir affaire avec une intrigue psychologique à base de traumas refoulés, puis d’un film de défonce façon « Climax », jusqu’à ce que les personnages et l’intrigue s’installent à Hårga, une communauté enclavée dans la nature suédoise. Le mystère de ce que sera le sujet du film est alors entier – jusqu’à un premier choc narratif, inouï, qui laissera encore sonné le spectateur pendant encore un bon moment avant qu’il ne comprenne que les clés du film sont à sa portée… Le film mériterait d’être vu rien que pour cette scène, tant elle est impressionnante !
« Midsommar » est fort, très fort, et est remarquablement bien filmé – la mise en scène rappelle d’ailleurs par bien des aspects celle de Stanley Kubrick, le modèle indépassable. Les acteurs sont tous excellents et Florence Pugh, qui interprète le personnage principal, fascinante. Jouer du contraste entre l’innocence apparente de cette communauté (avec l'idée géniale du décor de l'été suédois, durant lequel le soleil ne se couche presque jamais) et l’horreur qu’elle couve pour inspirer l'effroi – ce principe du film peut sembler simple mais il s’avère fonctionner à plein et être bien plus puissant et profond qu’imaginé de prime abord.

Pourquoi ne pas le voir ?
Pendant les trois premiers quarts du film, le réalisateur a au moins un coup d’avance sur ses spectateurs. Mais vers la fin du film (à un moment qui doit varier selon les spectateurs), la conclusion du film se fait deviner et le film se fait alors assez lourd voire lassant. La mise en scène toujours très travaillé, que l'on trouvait avant géniale, se met à frôler la sophistication inutile et la prétention.

On retiendra…
L’horreur en plein jour et en plein soleil. Les surprises du scénario. La mise en scène, impressionnante de puissance.

On oubliera…
Le film ne résiste pas complètement au dévoilement de son mystère. La fin ambigüe.

« Midsommar » d’Ari Aster, avec Florence Pugh, Jack Reynor,…

samedi 3 août 2019

La nuit la plus longue (Halte)


Pourquoi être allé le voir ?
Un film de science-fiction philippin en noir et blanc durant 4h39 ? Rares sont les films à autant interpeller ! Il s’agit du premier film que je vois du cinéaste philippin Lav Diaz. Tous les cinéphiles connaissent de nom ce réalisateur grâce aux prix qu’il remporte (un Léopard d’or et un Lion d’or, en 2014 et 2016), mais bien peu connaissent réellement son œuvre du fait de la durée extravagante de ses longs-métrages : de 3h30 pour le plus court à… 11h pour le plus long.

Pourquoi le voir ?
Le cinéaste raconte l’oppression et la résistance sous un régime dictatorial (faisant bien évidemment écho à toutes les dictatures, passées, présentes et  à venir) avec des moyens qui se rapprochent de ceux du documentaire. Il ne cherche pas à dramatiser sa narration. De fait, malgré sa durée hors norme, « Halte » n’a rien de colossal ou de prétentieux. Il s’agit d’un film modeste, tant dans ses moyens que dans sa narration. Il est admirable qu’avec si peu, Lav Diaz puisse en raconter autant : pour décrire ce futur, il lui suffit de tourner de nuit et de faire voler quelques drones. Ce plaisir de fabrication du film est ressenti par le spectateur.
Ça ne peut pas se deviner au premier abord, mais le film est aussi empreint d’humour, à travers notamment le personnage du dictateur, qui pourrait être une référence au film de Chaplin, ou les us et coutumes très étranges de ses adorateurs.
Et puis on peut aller voir « Halte » pour apprécier pleinement l’ironie de son titre (on imaginerait bien Quentin Dupieux réaliser un film de 5 heures intitulé « Bref »).

Pourquoi ne pas le voir ?
« Halte » permet de se rendre compte que les souvenirs laissés par un film ne sont pas forcément proportionnels à leur durée – la faute aux inévitables moments de somnolence... Le film est en fait assez difficile à suivre, à cause de ses multiples personnages et de sa narration très brute qui ne fait rien pour aider son spectateur dans sa compréhension de l'histoire. Evidemment, le film ne fait rien non plus pour le réveiller, car il n’y a pas de suspense, pas de moments de tensions, de climax : « Halte » n'a rien d'haletant. De fait, on se demande quand même à l’arrivée du générique de fin pourquoi est-ce que ce film devait durer aussi longtemps…

On retiendra…
La modestie de cette chronique de la vie sous une dictature futuriste. C’est original, impressionnant par l’économie de ses effets, et même drôle.

On oubliera…
Le film n’est pas toujours bien compréhensible, et sa durée conséquente ne semble pas justifiée.

« Halte » de Lav Diaz, avec Joel Lamangan, Piolo Pascual,…