mardi 2 août 2011

Ombres chinoises (Les contes de la nuit)

Michel Ocelot s’est imposé depuis « Kirikou et la Sorcière » en 1998 comme un des piliers de l’animation française. Il possède un univers graphique très particulier, immédiatement reconnaissable, et qu'il a le mérite de perpétuer film après film, sans jamais céder aux tentations d’un cinéma commercial, maintenant intact sa poésie et qui restera à coup sûr dans les mémoires.


« Les contes de la nuit » est son cinquième long-métrage. Il était en compétition à Berlin cette année et faisait partie de la fameuse « journée 3D » organisée par le festival. En fait de long-métrage, c’est plutôt six contes qui nous sont proposés en autant de courts-métrages. Ils sont tous d’aussi bonne qualité, mais se détache quand même « Le garçon qui ne mentait jamais », le plus émouvant des six. C’est aussi le seul à être un peu moins optimiste et empreint de la naïveté des contes, que l’on reproche parfois à Michel Ocelot. Une naïveté assumée et absolument pas problématique. Les personnages intervenant entre chaque histoire (en fait acteur des ces contes) expriment même la pensée de leur créateur : un conte sans morale n’a aucun intérêt. Pourquoi irait-on reprocher aux « Contes de la nuit » d’avoir les défauts inhérents aux contes ? Leur absence semble difficilement concevable ! Ocelot convie juste le spectateur au plaisir simple de la fiction.
Les personnages sont des silhouettes noires évoluant sur un arrière-plan aux couleurs éclatantes à la manière des ombres chinoises. Le noir laisse place à l’imagination et justifie ainsi pleinement l'appellation de « contes » pour ces histoires, puisque tout n’est pas dessiné, imposé : Ocelot invite le spectateur à bâtir avec lui ses histoires. Autant dire qu’on se laisse immédiatement emporter.
La beauté de l’animation est encore rehaussée par la 3D, très simple mais d’autant plus belle, et qui trouve ici une place tout à fait naturelle et même essentielle dans ce théâtre d’ombres chinoises pour séparer les différents plans. Les cinq premiers contes ont déjà été diffusés à la télé en octobre 2010 dans la série « Dragons et Princesses », le dernier est inédit et c’est celui qui joue le plus sur la 3D en se permettant même quelques effets de jaillissement. Une preuve de plus que la 3D est un nouvel outil extraordinaire pour les cinéastes, qui ne se réduit pas comme on voudrait le faire croire à un surcoût tarifaire pour blockbusters américains (dont très peu ont pour le moment su l'utiliser correctement depuis "Avatar"...).

On retiendra…
L’animation merveilleuse d’Ocelot ennoblie par la 3D. Chacune des plongées dans son univers est un régal.

On oubliera…
Aucune histoire concrète ne relie entre eux les contes, ce qui à la fin du film donne une fin un peu abrupte et ne justifie pas entièrement l’appellation de long-métrage.

« Les contes de la nuit » de Michel Ocelot.

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