mardi 27 janvier 2015

111 111 (Il faudrait pour grandir oublier la frontière)

Cent onze mille cent onze, tel est le nombre de signes à respecter pour être publié dans la collection 111 111 de l’éditeur Scylla. Sébastien Juillard est le premier à relever le défi – mais en est-ce vraiment un ? Difficile pour le lecteur de juger de la difficulté de l’exercice, tant la contrainte reste invisible – ce qui est signe de réussite.
Peu importe donc cette règle, là n’est pas l’intérêt de « Il faudrait pour grandir oublier la frontière ». Dans cette novella, Juillard imagine le futur de la bande de Gaza, à une époque où semble-t-il toute guerre a cessé sur Terre grâce au travail des Nations Unies. Le conflit israelo-palestinien est officiellement réglé – mais la paix ne se décrète pas, et c’est ce que rappellera cette histoire, et ce qu’explicite déjà son titre : il est encore trop tôt pour que les hommes oublient les frontières qu’ils ont créé au-dehors et au-dedans d’eux-mêmes.


Une projection intelligente
Juillard amène la science-fiction dans un territoire qu’elle n’explore presque jamais. Prendre en charge ce territoire et son contexte, l’un des plus complexes qui soit, exige un courage certain, qu’il convient de saluer. Regarder de face l’actualité avec ce pas de côté de la projection dans le futur donne une oeuvre d’autant plus forte qu’elle gagne sur le sujet une universalité la prévenant de toute péremption, et d’autant plus adroite que l’auteur utilise finement les codes de la SF pour avancer son propos.
Mais ce qui séduit avant tout dans « Il faudrait pour grandir oublier la frontière », c’est l’écriture de Sébastien Juillard. Le climat chaud de la région, l’aridité des paysages, ou les fêlures et blessures de ses personnages, tout est décrit avec une langue très belle et travaillée, que l’on retrouve avec encore plus de plaisir dans la nouvelle « La cigarette » donnée en fin de volume (reprenant le personnage principal de la novella, quelques années plus tôt).
La projection imaginée par l’auteur ne se comprend que par les fragments d’informations disséminés çà et là au détour d’un dialogue ou d’une description. Ceci permet de préserver une narration naturelle et intéressante, mais rend un peu ardu le début du texte, qui peut paraître inutilement allusif. C’est bien là le seul défaut que l’on pourrait citer à ce texte d’un nouvel auteur que veut nous faire découvrir Xavier Vernet, directeur de la librairie Scylla à Paris. Veut, et non pas va (ou pas encore), car les éditions Scylla ont besoin que leurs futurs lecteurs précommandent ses deux premières parutions pour pouvoir exister : pour lire Sébastien Juillard, participez à la campagne de financementparticipatif lancée par les éditions Scylla !


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