dimanche 9 mars 2014

Fantastique Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel)

On n’arrête plus Wes Anderson. En huit longs-métrages, le cinéaste américain a réalisé une formidable montée en puissance, développant une forme unique, qui s’exprime bien au-delà de la seule identité visuelle : il y a une manière de cadrer, de monter, de décorer  « wesandersonienne », de même qu’il y a des acteurs et une musique « wesandersoniens ». Avec « The Grand Budapest Hotel », qui a ouvert la Berlinale puis y a remporté le grand prix du jury, Wes Anderson renforce une fois de plus son style et fait encore mieux que ses deux derniers chefs-d’œuvre, « Fantastic Mr Fox » (2010) et « Moonrise kingdom » (2012).


Le pari réussi de la surstylisation
Le cinéma de Wes Anderson ressemble à une bande dessinée filmée, par ses cadrages géométriques, ses travellings latéraux et verticaux qui aplatissent l’image et la profondeur de champ, mais aussi par son sens inouï du détail et de la précision. Le contrôle qui semble s’exercer à tous les niveaux et dans chacun des plans de ses films (des décors à la musique) expose une surstylisation qui pourrait agacer mais au contraire enchante par la force ludique qu’elle imprime à ses œuvres et par son inventivité sans cesse renouvelée. Un cadre idéal où l’auteur déploie un burlesque inénarrable, qui passe aussi bien par l’interprétation des acteurs que par des gags purement visuels. Mais bien que l’on rie beaucoup devant les films de Wes Anderson, ses longs-métrages cachent toujours un fond dépressif qui éclate par moments à l’écran. Une mélancolie sourde qui contraste avec la gaieté affichée par ailleurs et lui apporte une émotion encore plus précieuse.
Dans « The Grand Budapest Hotel », Wes Anderson verse encore plus dans l’artificialité : la maniaquerie de sa mise en scène est portée à un degré jusqu’à présent inédit. Dans cette histoire à tiroirs, on suit les aventures de Monsieur Gustave, concierge du Grand Budapest Hotel, et du « lobby boy » de ce même hôtel, le débutant Zéro. L’hôtel est au faîte de sa gloire, mais la guerre arrivant, les difficultés vont s’enchaîner, et le déclin, s’amorcer. Comme ses personnages, obligés de se débattre pour survivre, ou forcés à la fuite, « The Grand Budapest Hotel » avance à toute allure. Wes Anderson y démontre un art de la relance et du mouvement qui donne un rythme trépidant à ces délicieuses aventures – au point qu’on s’étonne, à la fin de la projection, de découvrir que le film n’a duré qu’une heure et quarante minutes. Du grand cinéma !

Etrange écho
Ce n’est qu’une coïncidence, due au hasard du calendrier des sorties, mais « The Grand Budapest Hotel » m’a beaucoup fait penser non pas à « Shining » (comme les cadrages géométriques dans cet hôtel perdu dans les montagnes aurait pu le faire croire) mais à… « Nymphomaniac » de Lars von Trier. Les deux films sont portés par une même ambition littéraire, où un personnage raconte à un autre une version chapitrée de sa vie. Lars von Trier et Wes Anderson ont tous les deux pensé à changer le ratio de leur image en fonction des segments de leur histoire. « Nymphomaniac » comme « The Grand Budapest Hotel » multiplient les stars en seconds rôles, avec un point commun : Willem Dafoe, qui tient d'ailleurs un rôle presque identique dans les deux films. Les deux réalisateurs partagent aussi une même noirceur latente, quoiqu’elle soit beaucoup plus sombre et dérangeante chez le danois. La comparaison s’arrête ici, mais celle-ci permet néanmoins d’évaluer le gouffre qui sépare un auteur en pleine possession de ses moyens de celui qui s’essouffle et s’agite vainement.

On retiendra…
Ce n’est que son huitième long-métrage et pourtant « The Grand Budapest Hotel » fait figure de film-somme du cinéma de Wes Anderson.

On oubliera…
A verser dans une telle surenchère de stylisation, on se demande ce que sera le futur du cinéma de Wes Anderson.


« The Grand Budapest Hotel » de Wes Anderson, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, Saoirse Ronan,...

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