dimanche 20 avril 2014

Après moi le déluge (Noé)


-          On ne s’est toujours pas vraiment remis de la tornade « Black swan » en 2011. Le succès de cet inoubliable film a donné confiance aux producteurs d’Hollywood pour que Darren Aronofsky réalise son premier film à gros budget. Celui-ci en a profité pour s’attaquer à l’un de ses rêves d’enfance : « Noé ».
-          Ce n’était pas forcément notre rêve à nous… Le « film d’après », celui qui suit un chef-d’œuvre, est toujours attendu avec un mélange d’espoir et de crainte. Mais un tel sujet – un péplum biblique – ne faisait qu’exacerber les composantes de cette attente.
-          Et au final… Après avoir vu le film, je suis toujours autant déconcerté ! L’intention d’Aronofsky était claire : réaliser une épopée monumentale, un opéra mythologique et écologiste.
-          Je tiens à préciser que, bien évidemment, nul prosélytisme religieux dans « Noé » : Aronofsky s’empare de ce mythe comme il aurait pu le faire d’un héros de la mythologie grecque. Son but est bien, avec cette figure de l’inconscient collectif, d’atteindre à une grandeur épique.
-          L’ambition était belle… mais elle n’est pas complètement accomplie. Ce qui frappe tout de suite est la tonalité « heroic fantasy » de cette histoire… pourtant issue de la Bible ! Paysages et bestiaire fantastique (comme les Veilleurs, des anges déchus changés en pierre), magie omniprésente, combat et batailles rangées… jusqu’au Déluge, c’est visuellement très fort.
-          Les paysages, comme la direction artistique, sont aussi originaux qu’évocateurs. La Terre que parcourt la famille de Noé est à l’agonie. Si ce monde nous émeut, c’est parce qu’en filmant cette désolation, Aronofsky semble non pas nous décrire des paysages terrestres immémoriaux mais ceux de notre futur, voire notre très proche futur… C’est d’une efficacité redoutable.
-          Quand « Noé » ressemble à un cauchemar, la réussite d’Aronofsky est indéniable. Lorsqu’il montre l’humanité – condamnée à périr lors du Déluge – dans ces efforts pour récupérer l’arche, le film est une succession de scènes infernales, terrifiantes. Au moment du Déluge, lorsque des trombes d’eau transforment chaque plan en enfer liquide, le spectacle, comme le malaise qu’il provoque, est total. La puissance de la mise en scène – les cadrages de la foule des hommes sous la tempête, alliée aux vociférations et à l’interprétation démesurée de Ray Winstone, le chef de cette foule – fait de cette séquence l’une des plus impressionnantes du cinéma d’Aronofsky. « Noé » contient ainsi nombres de tableaux saisissant, extraordinaires visions…
-          … qui ne justifient pas, cependant, que l’on se réjouisse de ce passage (isolé ?) d’Aronofsky au blockbuster. Le réalisateur a trouvé avec « Noé » l’opportunité inédite de déployer un sens visuel du spectacle à grande échelle qu’on ne lui soupçonnait pas forcément. Mais cette attention au spectaculaire se fait au détriment des scènes plus intimistes, et qui sont curieusement très basiques. Les personnages, comme leurs rapports, restent très schématiques, trop rapidement brossés : un comble pour le réalisateur de « The wrestler » et « Black swan » !
-          Je pense que l’intention du réalisateur était par la relative simplicité du comportement de ces quelques personnages, qui ressemblent à des archétypes, d’atteindre à une grandeur digne d’un opéra…
-          Ce mouvement de simplification ou plutôt d’essentialisation s’applique à toute l’intrigue de « Noé », qui m’a souvent fait penser à une bande dessinée dont il manquerait certaines cases – j’aurais aimé plus de développements ! Si le Noé du film est un pur personnage « aronofskyen », entêté jusqu’à la folie dans la mission qu’il s’est imposé, ambigu et torturé, l’interprétation brute et physique de Russel Crowe est loin d’être aussi forte que celles de Mickey Rourke et Natalie Portman dans les deux précédents films du réalisateur…
-          Comme je l’ai déjà dit, la vraie performance du film est celle de Ray Winstone, qui est monstrueuse.
-          « Noé » n’est donc pas aussi puissant qu’on aurait pu l’espérer, mais, malgré ses défauts, c’est un spectacle des plus impressionnants.

On retiendra…
De grandes visions spectaculaires, oniriques ou terrifiantes, toujours très évocatrices. La transformation inattendue d’un épisode de la Bible en épopée mythologique d’heroic fantasy.

On oubliera…
Pour donner une force classique à ce péplum, le scénario a été concentré et épuré jusqu’à l’essentiel, ce qui transforme les personnages en archétypes. Des passages kitschs.

« Noé » de Darren Aronofsky, avec Russel Crowe, Ray Winstone,...

Sa (Her)


-          La sortie du nouveau film de Spike Jonze était forcément attendue, avec ce « pitch » complètement fou : un homme, Théodore (le toujours extraordinaire Joaquin Phoenix), tombe amoureux du système d’exploitation de son ordinateur – qui n’est figuré que par la voix de Scarlett Johansson.
-          Depuis le temps qu’on discute de cinéma, c’est la première fois que je me suis posé une question… troublante. Nos discussions pourront-elles être bientôt rédigées par deux ordinateurs ?
-          Quelle importance, si les lecteurs n’y voient aucune différence ? Cette interrogation est justement l’un des thèmes centraux de « Her »… qui anticipe sans invraisemblance certaines évolutions sociales actuelles.
-          En effet : malgré sa situation de départ qui semble extravagante, le futur de « Her » nous apparait très vite comme des plus crédibles. C’est le grand tour de force de Spike Jonze : ne vivons-nous pas déjà dans ce futur ?
-          Son regard sur le bouleversement de nos modes de vie suite à l’évolution technologique ultra rapide est d’ailleurs des plus ambigus tout au long du film : il est impossible de savoir s’il approuve ou désapprouve cette étrange histoire d’amour qu’il nous raconte. Il se moque en effet régulièrement de cette société de demain, où tout le monde dialoguera seul avec l’IA de son téléphone lors de ses déplacements… et ce, pendant qu’il déroule son histoire d’amour d’un nouveau genre.
-          Je me suis interrogé pendant toute la projection… L’hésitation (feinte) du regard porté par le réalisateur sur cette histoire et ce futur rejoint et accompagne celle du spectateur, qui, devant l’audace de certaines scènes, ne sait pas s’il doit rire ou s’émouvoir. La limite du ridicule est parfois franchie, et même si le film regorge d’humour pour désamorcer les effets de ces prises de risque, cela ne suffit pas toujours.
-          Il n’empêche : Jonze tient son pari. En dépit de quelques – rares – passages à vide, le film fascine et séduit de bout en bout.
-          Alors même qu’il se réduit, la plupart du temps, à une conversation entre un acteur seul à l’écran (Joaquin Phoenix) et une voix « off » !
-          Encore une fois, c’est l’audace et l’étrangeté de cette histoire qui permettent à « Her » de captiver ses spectateurs. Mais, hélas, pas jusqu’à la fin…
-          Quel dommage de terminer cette histoire ainsi ! Si on apprécie grandement l’évocation au cinéma de ce concept – la Singularité – sujet à tant de spéculations aujourd’hui, quel regret de voir Jonze s’esquiver et prendre la fuite au moment de conclure…
-          Au moment, surtout, le plus intéressant de son film ! Nous faire miroiter les étoiles pour finalement prendre la tangente…
-          Cependant, cette déception finale n’enlève rien à ce qui précède. Mais ça empêche définitivement « Her » de figurer parmi les grandes réussites de l’année…

On retiendra…
Alors que son pitch semble des plus extravagants, « Her » se révèle être un film qui résonne fortement avec notre actualité.

On oubliera…
Les cadrages peu inspirés, et surtout la fin, trop facile et décevante.


« Her » de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams,…

dimanche 30 mars 2014

La caricature cathartique de « 300 » (300, la naissance d'un empire)


-          Zack Snyder, en adaptant l’incroyable bande dessinée de Frank Miller « 300 » avec un parti pris esthétique aussi radical, avait produit un film coup de tonnerre qui avait marqué les mémoires et posé un jalon dans la conversion vers le tout-numérique des blockbusters américains.
-          C’était en 2007… Et ça semble déjà très loin. Depuis, Zack Snyder s'est fait un nom à Hollywood et Gerard Butler est retombé dans les oubliettes de l'histoire du 7ème art. Depuis, surtout, les spectateurs ont pu s’habituer à cette nouvelle pratique du cinéma qui oblige les acteurs à ne jouer que devant des fonds verts et autorise les réalisateurs à se livrer à toutes les expérimentations visuelles - parfois même au détriment de l’intrigue, oubliée ou sacrifiée sur l’autel du graphisme, « Sucker punch » (2011) étant le plus fameux exemple de ce travers… film signé par le même Zack Snyder.
-          Tu le cites encore, mais – appelé par Warner pour faire revivre Superman sur grand écran (à notre plus grand regret), Zack Snyder n’est pas l’auteur de cette suite (c’est l’inconnu Noam Murro), suite qui paraît de prime abord bien incongrue.
-          S’il y a bien un film qu’on aurait pu croire invincible aux envies de suite des producteurs, c’était bien « 300 » ! L’astuce a donc consisté pour les scénaristes à raconter les événements se déroulant parallèlement à la légendaire bataille des Thermopyles… inventant un nouveau genre de suite ou de remake : le « sidequel ».
-          Scénaristes qui ne sont nul autres que Zack Snyder et Frank Miller, travaillant à partir de la BD « Xerxès » de ce dernier, et dont le film serait l’adaptation… à ceci près qu’elle n’est pas encore terminée.
-          Ce qui fait de « 300, la naissance d’un empire » un cas rare – voire inédit ? – dans l’histoire du cinéma : il s’agit de l’adaptation d’une œuvre dont la date de sortie précède celle du roman graphique dont elle est issue…
-          Evidemment, la surprise visuelle provoquée par « 300 » ne pouvait être renouvelée (à moins de proposer quelque chose de complètement différent, ce qui n’est pas l’objectif hollywoodien d’une suite). Pourtant, « 300, la naissance d’un empire » ne démérite pas par rapport à son modèle. L’idée de Noam Murro, le réalisateur, est toute simple : s’il ne peut réinventer les codes institués par Zack Snyder, autant les reprendre… et les exagérer.
-          Oui ! C’était encore possible ! Ceux qui auront trouvé que « 300 » étaient un sommet de caricature cinématographique s’apercevront qu’il était possible d’aller plus haut. « 300, la naissance d’un empire » est plus sanglant, plus gratuitement violent…
-          « Graphiquement violent », devrais-tu dire plutôt…
-          … que « 300 ». Le moindre coup d’épée répand des hectolitres de sang sur l’écran, dans une cascade de ralentis et d’accélérés. Ressemblant plus que jamais à un jeu-vidéo filmé (les vagues d’ennemis se succèdent comme les niveaux d’un jeu), le film de Noam Murro joue à fond sur la surenchère.
-          On pourrait être outré par la vacuité profonde et totale de ce dispositif cinématographique, vidé de sa substance (à l’inverse de « 300 ») sans la parution de la BD de laquelle il est issu… n’était l’énorme plaisir que provoque cet étrange objet, ni vraiment un film, ni vraiment un jeu-vidéo – qui se rapproche, en tout cas, du divertissement que devaient rechercher les romains en allant aux jeux du cirque. A ce titre, tous les excès du film sont accueillis avec une joie croissante, eux qui s’enchainent avec une logique de pure jouissance cathartique – le film regorge de scènes folles. C’est bien évidemment la limite du film : il ne peut pas vraiment être qualifié de divertissement « intelligent »… et il n’apporte rien de neuf après « 300 ».
-          On saluera pour terminer les dialogues, qui savent être percutants, de Frank Miller, et la 3D. Celle-ci semble tellement évidente qu’on en vient même à oublier que « 300 » n’était pas sorti sous ce format (c’était avant qu’elle n’ait été « réinventée »).
-          J’ai une meilleure idée de conclusion. Reprends avec moi : « This is Sparta ! »

On retiendra…                                                                                                            
Moins surprenante mais plus outrée, cette pseudo-suite de « 300 » est un divertissement pur.

On oubliera…
Trop monochrome, la photographie n’est pas toujours au diapason de la folie qui règne par ailleurs dans le film.


« 300, la naissance d’un empire » de Noam Murro, avec Sullivan Stapleton, Eva Green, Lena Headey,…

dimanche 9 mars 2014

Fantastique Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel)

On n’arrête plus Wes Anderson. En huit longs-métrages, le cinéaste américain a réalisé une formidable montée en puissance, développant une forme unique, qui s’exprime bien au-delà de la seule identité visuelle : il y a une manière de cadrer, de monter, de décorer  « wesandersonienne », de même qu’il y a des acteurs et une musique « wesandersoniens ». Avec « The Grand Budapest Hotel », qui a ouvert la Berlinale puis y a remporté le grand prix du jury, Wes Anderson renforce une fois de plus son style et fait encore mieux que ses deux derniers chefs-d’œuvre, « Fantastic Mr Fox » (2010) et « Moonrise kingdom » (2012).


Le pari réussi de la surstylisation
Le cinéma de Wes Anderson ressemble à une bande dessinée filmée, par ses cadrages géométriques, ses travellings latéraux et verticaux qui aplatissent l’image et la profondeur de champ, mais aussi par son sens inouï du détail et de la précision. Le contrôle qui semble s’exercer à tous les niveaux et dans chacun des plans de ses films (des décors à la musique) expose une surstylisation qui pourrait agacer mais au contraire enchante par la force ludique qu’elle imprime à ses œuvres et par son inventivité sans cesse renouvelée. Un cadre idéal où l’auteur déploie un burlesque inénarrable, qui passe aussi bien par l’interprétation des acteurs que par des gags purement visuels. Mais bien que l’on rie beaucoup devant les films de Wes Anderson, ses longs-métrages cachent toujours un fond dépressif qui éclate par moments à l’écran. Une mélancolie sourde qui contraste avec la gaieté affichée par ailleurs et lui apporte une émotion encore plus précieuse.
Dans « The Grand Budapest Hotel », Wes Anderson verse encore plus dans l’artificialité : la maniaquerie de sa mise en scène est portée à un degré jusqu’à présent inédit. Dans cette histoire à tiroirs, on suit les aventures de Monsieur Gustave, concierge du Grand Budapest Hotel, et du « lobby boy » de ce même hôtel, le débutant Zéro. L’hôtel est au faîte de sa gloire, mais la guerre arrivant, les difficultés vont s’enchaîner, et le déclin, s’amorcer. Comme ses personnages, obligés de se débattre pour survivre, ou forcés à la fuite, « The Grand Budapest Hotel » avance à toute allure. Wes Anderson y démontre un art de la relance et du mouvement qui donne un rythme trépidant à ces délicieuses aventures – au point qu’on s’étonne, à la fin de la projection, de découvrir que le film n’a duré qu’une heure et quarante minutes. Du grand cinéma !

Etrange écho
Ce n’est qu’une coïncidence, due au hasard du calendrier des sorties, mais « The Grand Budapest Hotel » m’a beaucoup fait penser non pas à « Shining » (comme les cadrages géométriques dans cet hôtel perdu dans les montagnes aurait pu le faire croire) mais à… « Nymphomaniac » de Lars von Trier. Les deux films sont portés par une même ambition littéraire, où un personnage raconte à un autre une version chapitrée de sa vie. Lars von Trier et Wes Anderson ont tous les deux pensé à changer le ratio de leur image en fonction des segments de leur histoire. « Nymphomaniac » comme « The Grand Budapest Hotel » multiplient les stars en seconds rôles, avec un point commun : Willem Dafoe, qui tient d'ailleurs un rôle presque identique dans les deux films. Les deux réalisateurs partagent aussi une même noirceur latente, quoiqu’elle soit beaucoup plus sombre et dérangeante chez le danois. La comparaison s’arrête ici, mais celle-ci permet néanmoins d’évaluer le gouffre qui sépare un auteur en pleine possession de ses moyens de celui qui s’essouffle et s’agite vainement.

On retiendra…
Ce n’est que son huitième long-métrage et pourtant « The Grand Budapest Hotel » fait figure de film-somme du cinéma de Wes Anderson.

On oubliera…
A verser dans une telle surenchère de stylisation, on se demande ce que sera le futur du cinéma de Wes Anderson.


« The Grand Budapest Hotel » de Wes Anderson, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, Saoirse Ronan,...

dimanche 2 mars 2014

Pompier (Pompéi)


-          Avec « Pompéi », on aurait pu faire un choix entre deux diptyques critiques. Juge plutôt : confronter dans un même article le cinéma de Wes Anderson (« The Grand Budapest Hotel ») à celui de Paul W. S. Anderson…
-          La comparaison aurait été complètement désastreuse pour le second !
-          … ou attendre une semaine et confronter « Pompéi » à un autre péplum, la « suite » de « 300 ».
-          Mais je n’ai pas envie d’attendre une semaine pour parler de « Pompéi » ! Lorsque Paul W. S. Anderson réalise un film (« Resident evil » opus 1, 4 et 5, « Alien VS Predator »,…), c’est toujours une catastrophe. Aussi voir ce réalisateur s’attaquer directement à un film catastrophe était très intriguant.
-          Et, surprise, ce n’est pas une calamité ! Anderson signe même avec « Pompéi » son meilleur film !
-          Cette remarque ne veut pas dire grand-chose : tu devrais plutôt dire que, pour la première fois, Paul W. S. Anderson a réalisé un film et non pas un sous-film.
-          Tu es bien dur ! Même s’il est vrai que le m’a surtout séduit pour… ce qu’il aurait pu être ! Le sujet est fortement ancré dans les mémoires collectives – et même un réalisateur comme Anderson est capable d’en faire jaillir de l’émotion.
-          Quand on pense que Roman Polanski a, un temps, porté un projet de film sur la même catastrophe… En regardant « Pompéi » d’Anderson, on ne peut s’empêcher de penser au film qu’aurait su en tirer un réalisateur comme James Cameron. Paul W. S. Anderson, pour cette histoire, a abandonné ses insupportables effets jeu-vidéoludiques et son goût complètement creux de l’épure abstraite pour une mise en scène plus sage… même si ça se castagne très vite et très souvent, que la récurrente bêtise des dialogues fait qu’ils semblent toujours à cheval entre le premier et le second degré, et que la rapidité du montage et de l’enchaînement des péripéties rend les personnages aussi consistants que des caricatures grossières.
-          Pourtant, tu as bien aimé, si j’en crois la note que tu lui décernes.
-          Oui, car le film possède une réelle beauté visuelle : lorsque, enfin, le volcan explose, que l’intrigue se resserre et se rapproche presque de son ambition opératique, l’image se charge de cendres, s’assombrit, rougeoie et s’embrase dans un lent crescendo cataclysmique et explosif… jusqu’à la dernière minute, graphiquement sublime… et qui balaie tout, justifiant à elle seule tout ce long-métrage.
-          Il faudrait que ces dernières minutes ait été étirées sur une heure et demie… On n’y aurait pas perdu en construction des personnages ! C’est aussi le seul moment où le film se charge d’une dimension symbolique – ne pas réussir à l’accomplir dans le reste du film, avec un tel sujet et un tel cadre, est l’autre exploit du film.
-          Nous verrons si le baroque esthétique de « 300, la naissance d’un empire » réussira à faire mieux la semaine prochaine !

On retiendra…
La toute fin du film, et plus particulièrement la dernière minute, visuellement splendide, seul sommet d’émotion du film.

On oubliera…
Trop rapide, mal écrit et interprété avec beaucoup de caricatures, le film aurait mérité un scénario mieux travaillé et plus d’intelligence.


« Pompéi » de Paul W. S. Anderson, avec Kit Harington, Emily Browning, Kiefer Sutherland,…

vendredi 21 février 2014

Only Dracula forgives (Only lovers left alive)


-          Les vampires ont toujours aimé le grand écran : depuis 1922 et la sortie de « Nosferatu » de Murnau, Dracula et ses congénères n’ont cessé d’inspirer le 7ème art. Donnant au cinéma quelques-unes de ses plus belles œuvres : outre le « Nosferatu » déjà cité, il y eut aussi le sublime « Dracula » de Coppola, en 1992…
-          Et « Twilight », en 2008.
-          Non ! N’entache pas cet article avec cette regrettable référence ! Le film-somme de Coppola a dû beaucoup intimider pour que les vampires reviennent au cinéma dans des représentations aussi ridicules… même si ceux-ci ont toujours fait les joies des séries B ou pires.
-          Sauf que les vampires intéressent encore le cinéma d’auteur : annoncé depuis plusieurs années, sélectionné in extremis à Cannes l’année dernière, le nouveau film de Jim Jarmusch, « Only lovers left alive » arrive enfin au cinéma.
-          Et c’est un chef-d’œuvre ! On pardonnera au jury cannois de Spielberg de n’avoir pu le récompenser, il faut dire que la concurrence était très sévère… mais il n’en reste pas moins que cette nouvelle réalisation de Jarmusch enthousiasme beaucoup !
-          On comprend tout de suite pourquoi le plus mélomane des réalisateurs américains s’est intéressé aux vampires. Chassé de toutes parts, rejetés du monde, traversant les siècles mais devant vivre chaque jour (ou plutôt, chaque nuit), ce sont les figures-mêmes de la marginalité  – et la marginalité, c’est ce qu’affectionne, justement, Jarmusch.
-          Jamais le cinéma du réalisateur n’a semblé autant en osmose avec son sujet. Le rythme lent, hypnotique, qui caractérise sa mise en scène s’accorde ici à la perfection avec l’immortalité lasse de ses personnages principaux. Joués par Tilda Swinton et Tom Hiddleston, extraordinaires, Adam et Eve sont un couple de vampires fatigués de vivre, plongés dans une torpeur dépressive qui fascine et contamine le spectateur. Comment supporter le passage des années alors que l’appel du vide se fait d’autant plus pressant ? Déçu par l’évolution de la société actuelle, ayant perdu toute foi en l’homme et en sa société qui semble se rapprocher de plus en plus de sa perte, les vampires de Jarmusch n’ont plus qu’une seule raison de survivre : la musique, et l’art en général.
-          C’est surtout l’heureux prétexte pour Jarmusch de nous offrir de magnifiques traversées nocturnes (en voiture dans le Detroit abandonné ou à pied dans les rues de Tanger), où l’on se laisse griser par la bande son (composée par le groupe de Jarmusch, SQÜRL) et gagner peu à peu par la mélancolie de ces êtres épuisés et solitaires.
-          La musique dans laquelle baigne le film se matérialise à certains moments à l’écran sous forme de performances « live », comme celle de Yasmine Hamdan, d’autant plus marquantes. Le film cultive aussi des moments d’humour, et surtout des instants de pure poésie. Assurément la première œuvre forte de l’année !

On retiendra…
C’est un envoûtement auquel il est difficile de résister.

On oubliera…
Pourquoi le distributeur n’a-t-il pas cherché un titre en français ?

« Only lovers left alive » de Jim Jarmusch, avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, John Hurt,…

lundi 17 février 2014

Rencontre avec Lola Lafon, l'auteur de "La petite communiste qui ne souriait jamais"

Le roman
L’impossible s’est produit aux Jeux Olympiques de Montréal, le 18 juillet 1976 : pour la première fois, une gymnaste remporte la note parfaite de 10.0 sur l’épreuve des barres asymétriques. Nadia Comaneci, 14 ans, entre dans l’Histoire. Elle répètera cet exploit à six  reprises au cours des mêmes olympiades.



Dans « La petite communiste qui ne souriait jamais », paru aux éditions Actes sud en janvier, Lola Lafon retrace la vie de cette sportive hors du commun qui a repoussé les limites de la gymnastique. A travers ce portrait, dont la poésie imite les acrobaties de la « fée » roumaine, Lola Lafon raconte aussi la Roumanie communiste, sous la dictature du « Conducator » Ceausescu. L’auteur évite dans ce double portrait toute partialité, en multipliant les points de vue et en respectant les trous et les zones d’ombre de la vie de la gymnaste. Un procédé littéraire qui fait aussi écho au caractère insaisissable, perpétuellement ambigu et donc infiniment fascinant, de Nadia Comaneci.

« La petite communiste qui ne souriait jamais » de Lola Lafon, édition Actes sud, 320 pages, 21 €

Le contexte
Pour sa neuvième édition, le prix France Culture – Télérama s’ouvre au monde étudiant. Dans vingt villes de France, des jurés étudiants ont été sélectionnés. A eux de désigner, par leurs votes, le vainqueur du prix littéraire parmi une sélection de dix romans, dont « La petite communiste qui ne souriait jamais ». Pour parvenir à un choix, outre la lecture des ouvrages, les étudiants doivent aussi rencontrer leurs auteurs.
A Toulouse, nous sommes sept jurés étudiants, et nous organiserons le mardi 25 février à 20h à la librairie Ombres Blanches une rencontre avec l’auteur de « La petite communiste qui ne souriait jamais », Lola Lafon. Cette rencontre sera  présentée par Sandrine Treiner, directrice adjointe en charge de l’éditorial à France Culture.

         Que vous ayez lu ou non « La petite communiste qui ne souriait jamais », nous vous invitons à Ombres Blanches pour découvrir, plus que cette plume, cette voix de la littérature française contemporaine, puisque Lola Lafon est aussi chanteuse (deux albums, sortis en 2006 et 2011).