lundi 23 avril 2012

"Je suis le roi du monde" (Titanic)



-          C’était quoi, déjà, le nombre d’entrées du plus grand succès de tous les temps en France ?
-          20,7 millions de spectateurs pour « Titanic » en 1998. Mais en 2012, on est pour le moment à 21,5 millions en cumulant le score de la ressortie 3D. J’imagine que par cette question tout sauf innocente, tu voulais fustiger l’absence de scrupules de James Cameron, qui n’hésite pas à récupérer commercialement le centenaire du naufrage du Titanic pour récolter encore des millions de dollars sur le dos des spectateurs ?
-          J’aurais pu écrire ça dans l’article de Contact si « Titanic » en 3D avait le même rendu que le premier épisode de « Star wars ». Mais James Cameron n’est pas Georges Lucas, et ces deux ressorties 3D prouvent que si la conversion relief ne rend pas plus supportable un mauvais film,  elle ne peut au contraire que magnifier un chef-d’œuvre – lorsqu’il s’y prête.
-          Euh… Ce n’est pas un peu trop risqué ? Ne vaudrait-il pas mieux retourner à notre idée de départ, la critique de « Twixt » de Coppola ? Je ne sais pas trop pourquoi, mais dans certains milieux, la phrase ‘’ J’adore « Titanic » ’’ est capable de briser une réputation de cinéphile.
-          J’adore « Titanic ». Aucune expérience cinématographique n’est comparable à la projection de ce film, si ce n’est « Avatar »…
-          Il y en a encore qui vont ricaner.
-          … et ce ne sont pas des millions que James Cameron gagne, mais des milliards : il est le seul réalisateur (et de loin) à avoir franchi, par deux fois maintenant, la barre des deux milliards de dollars de recettes. Le seul à être en mesure, pour le moment, de livrer des films aussi intensément émouvants.
-          Bon… J’avoue que moi aussi j’adore « Titanic ». Comment résister ? Et de toute manière : pourquoi résister ? A ceux qui n’ont pas été convaincu, je ne pourrai que dire : dommage pour vous. Oui, le scénario use de clichés, peut sembler trop simple, surtout lorsqu’il oppose les passagers de classe différente. Mais James Cameron possède le talent qui fait qu’on a l’impression de voir ça pour la première fois au cinéma.
-          Il en a le talent, et les moyens : jusqu’à « Avatar », « Titanic » était le film le plus coûteux de l’histoire. Quinze ans après sa sortie au cinéma, on ne peut que constater qu’il représentera à jamais la démesure du blockbuster juste avant son basculement dans l’ère numérique. Aujourd’hui, les producteurs ne se risqueraient plus à mettre autant d’argent en jeu pour reconstruire une moitié de « Titanic ». Pas avec les effets spéciaux d’aujourd’hui.
-          Les plans larges numériques du paquebot sont d’ailleurs les seuls à avoir pris un petit coup de vieux. Mais ils se comptent sur les doigts d’une main. Ce qui surprend surtout, avec cette ressortie 3D, au-delà de la jeunesse de Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, c’est justement la qualité de la conversion 3D.
-           Soyons objectifs : on n’avait pas vu une telle 3D au cinéma depuis « Avatar ».
-          Il faut le voir pour le croire : tout est tellement évident qu’on a l’impression qu’en tournant son film à la fin des années 90, James Cameron pensait déjà à une mise en scène en relief.

On retiendra…
L’émotion procurée par le film. Son gigantisme désormais légendaire. Ultime atout de la 3D : caché derrière vos lunettes, vous n’aurez plus besoin de vous retenir de pleurer.

On oubliera…
Difficile de trouver des défauts devant un film auquel l’adjectif « efficace » ressemble à un euphémisme.

« Titanic » de James Cameron, avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio,…

samedi 7 avril 2012

N'en gardez que la moitié (Hunger games)

Avec 30 millions d’exemplaires vendus à travers le monde (mais seulement 300 000 en France), la trilogie « Hunger games » écrite par Suzanne Collins allait forcément débarquer au cinéma. Présenté comme le successeur des sagas « Harry Potter » et « Twilight », parce qu’adaptation de romans jeunesse à succès, « Hunger games » n’a en fait que peu de rapport avec ces films-ci. Réalisé par Gary Ross, dont le dernier film en tant que réalisateur, « Pur sang, la légende de Seabiscuit » remontait à 2003, « Hunger games » s’annonçait comme un banal blockbuster de plus, où la motivation artistique allait une fois de plus être écrasée par les énormes attentes commerciales à l’origine du projet. Un exercice d’équilibriste supplémentaire mené de manière à satisfaire les fans et intéresser le public néophyte, où la singularité artistique d’un réalisateur n’est pas la bienvenue. Suite à la projection, toutes ces craintes se sont confirmées, et le film a pulvérisé le box-office nord-américain à un niveau dépassant toutes prévisions (tout du moins d’un point de vue européen où le film rencontre un succès bien moindre). Cependant, « Hunger games » se distingue par quelques surprises qui le rendent bien plus intéressant qu’espéré.



Dualité
Le film est clairement divisé en deux parties, la première s’achevant au moment de l’entrée dans l’arène des vingt-quatre « tributs ». La continuité de l’histoire et du montage réfute une telle séparation du film en deux, mais – et c’est ce qui fait toute la singularité du long-métrage – la frontière est toutefois bien nette au niveau de la qualité. Au point que l’on pourrait presque dire qu’une moitié du film relève du nanar, jusqu’à ce que de façon totalement inattendue la plupart des défauts qui alourdissaient la mise en scène trouvent leur justification et autorisent, enfin, le spectateur à être emporté par l’histoire.

Où est passé le bon goût à Hollywood ?
          Le premier de ces défauts est une laideur visuelle. Le kitsch conquiert de plus en plus de blockbusters depuis l’avènement des films de super-héros. A ce niveau, « Thor » de Kenneth Branagh reste pour le moment la référence a priori indépassable, mais la direction artistique de « Hunger games » est parfois tout aussi mauvaise. Celle-ci visait indubitablement à se moquer de la préciosité des riches habitants du Capitole par rapport aux pauvres des districts. Mais verser à un tel point dans le ridicule, loin d’être audacieux, relève du suicide artistique. La scène la plus emblématique intervient lors du défilé des chars. Les deux héros, nous avait-on prévenus quelques minutes auparavant, n’allaient pas être costumés de manière aussi grotesque que leurs concurrents. Sauf que c’est exactement l’inverse qui se produit.
La description des districts ne s’avère pas vraiment plus réussie et reste très stéréotypée. De plus, elle n’est absolument pas crédible : les habitants sont censés y mourir de faim, mais aucun signe physique de privations ne se lit sur leurs visages. Trop dur pour le jeune public ? Aux Etats-Unis, le film devait à tout prix éviter une classification plus restrictive que PG-13.

Les deux faces d’une même pièce
L’autre défaut majeur de cette première partie est sa mise en scène. La caméra ne fait que de bouger, de manière complètement inutile, même lorsque une grande fixité aurait été de mise, comme au moment du tirage au sort. Ce montage rapide et ces remuements du champ agacent déjà, mais il faut aussi compter sur des effets de soulignements qui brisent complètement l’efficacité de certaines scènes. Par des mouvements insistants de la caméra vers une pomme au moment de l’évaluation de Katniss, le spectateur devine avec plusieurs minutes d’avance la conclusion de la scène.
          Heureusement, tout se renverse lors de l’entrée dans l’arène. C’est peut-être la meilleure scène du film : la compétition vient d’être lancée, les adolescents se ruent vers des sacs de provisions et s’entretuent. Le montage rapide et les mouvements dynamiques du champ prennent alors tout leur sens et se révèlent extraordinairement efficaces pour retranscrire la panique qui s’empare des concurrents – et éviter une représentation trop frontale de la violence. Le film est lancé. Le spectateur peut enfin se plonger dans l’histoire et arrêter de buter devant les images qui lui sont proposées. Même la musique, signée James Newton Howard, semble s’améliorer dans cette deuxième partie !

L’abyme pour éviter l’abîme
        Le film doit beaucoup à Jennifer Lawrence, la révélation de l’excellent « Winter’s bone ». Elle reprend d’ailleurs dans « Hunger games » le même rôle d’adolescente aux responsabilités d’adulte. Lawrence est une vraie actrice, et crève l’écran par rapport aux autres acteurs du film, trop lisses.
        L’histoire d’ « Hunger games » est un étrange assemblage dont les fondations sont à chercher du côté mythe du minotaure et de…  la télé-réalité. Le film aurait peut-être dû mieux exploiter l’aspect « spectacle télévisuel » de l’histoire dans sa deuxième partie. Les interventions dans le jeu du producteur de l’émission, qui manipule la réalité des tributs pour maximiser l’audience, auraient pu faire écho à l’artificialité des fictions audiovisuelles. Afin de contenter une partie de l’audience, en cours de partie les règles du jeu sont changées, autorisant désormais la victoire de deux tributs à condition qu’ils appartiennent au même district. Le film n’échappe alors pas à une histoire d’amour entre les deux héros du film, mais une histoire d’amour qui aurait pu être ambiguë, c’est-à-dire complètement artificielle : les deux héros savent très bien que leur survie dépend de leur popularité, donc de cette relation « commandée ». Une sorte de mise en abyme du film lui-même, car cette histoire d’amour est attendue par les spectateurs du film et doit être rendue crédible par les deux acteurs, Jennifer Lawrence et Josh Hutcherson. Certes, la fin du film laisse à penser que cette ambiguïté n’existait que dans l’esprit du spectateur attentif et pas dans celui des scénaristes, mais le sous-texte existe indéniablement. Qu’un blockbuster se prête à l’interprétation n’est pas courant, et cela confirme donc la relative singularité de « Hunger games ».
               

Réalisateur de seconde équipe
       Pour finir, le film a aussi comme particularité d’avoir comme réalisateur de seconde équipe une personnalité a priori bien plus expérimentée et talentueuse que le réalisateur du film : à savoir, l’hyperactif Steven Soderbergh. Une telle situation nous permet d’en savoir un peu plus sur le rôle de ce second réalisateur, censé tourner les scènes du script où n’interviennent pas les acteurs principaux. Comme ailleurs, il est impossible de savoir quelles scènes ont été dirigées par Gary Ross et quelles autres par Steven Soderbergh : « Hunger games » ne ressemble jamais à un film de Soderbergh (malgré l’éclectisme de ce dernier). Justement : de cette impossible distinction, on en déduit que le réalisateur de seconde équipe doit calquer sa mise en scène sur celle décidée par le réalisateur, calquer au point de se faire oublier. Pourtant, vu l’expérience de Soderbergh par rapport à Ross, le premier a forcément dû influer sur la réalisation du second. Lequel des deux a décidé de filmer en secouant tout le temps la caméra ? Que ce soit ou non justifié, dans l'entreprise collective qu'est la création d'un film, c'est toujours le réalisateur qui est désigné responsable...

On retiendra…
La deuxième partie, l’interprétation de Jennifer Lawrence, plusieurs scènes d’action spectaculaires, un mélange étonnant entre le mythe du minotaure et la télé-réalité.

On oubliera…
Une direction artistique désastreuse dans la première partie, des acteurs pas toujours bons, une caméra gigotante.

« Hunger games » de Gary Ross, avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson,…

lundi 2 avril 2012

Mieux vaut en rire qu’en pleurer (La colère des titans)


-          Il y a des films qui vous marquent à jamais. « Le choc des titans » de Louis Leterrier en fait indubitablement partie. Il y a toujours un ou deux longs-métrages par an qui réussissent à élever le fiasco cinématographique au rang d’art, et en 2010 « Le choc des titans » s’est révélé être dans cette catégorie une œuvre incontournable. La conversion 3D, réalisée à la hâte en une semaine, fut particulièrement inoubliable, et restera à jamais dans l’histoire comme la pire 3D qui ait été infligée aux spectateurs.
-          J’en ai encore mal au crâne… Heureusement, d’autres films sont moins mauvais, mais méritent quand même pleins de mauvaises critiques. Ainsi en a-t-il été de « World invasion : battle Los Angeles », film d’invasion extra-terrestre qui concourait pour le plus long titre donnée à un blockbuster américain. Son réalisateur, Jonathan Liebesman, a montré avec ce film qu’il possédait un grand savoir-faire dans la réalisation de scènes d’action, ce qui constituait par ailleurs l’unique point fort du film.
-          Après cette longue introduction, vous comprendrez pourquoi la sortie de « La colère des titans » réalisé par Jonathan Liebesman est un événement. Après avoir touché le fond avec le premier opus, cette suite allait-elle remonter ou commencer à creuser ?
-          Soyons honnêtes : « La colère des titans » est meilleur que le film auquel il fait suite. Les producteurs ont tenté de redresser la barre, et ces efforts sont visibles, même si largement insuffisants. La direction artistique a été entièrement revue : le ton bien plus sombre rend la suite moins kitsch. Certains décors peuvent même être qualifiés de réussis, notamment le labyrinthe mouvant du Tartare. Surtout, la 3D s’avère exceptionnelle et vraiment spectaculaire, au point qu’il est difficile de deviner que le film a été lui aussi converti en 3D.
-          J’aurais quand même préféré qu’un peu moins de cailloux me tombent sur la figure… La correction majeure apportée par Liebesman à la série (un troisième film devrait suivre) est qu’on assiste enfin à de vraies scènes d’action, servie comme tu l’as dit par une très bonne 3D. Sauf que « La colère des titans » n’a pas d’autre scénario que ces scènes d’action.
-          Le scénario du film est aussi débile que celui du « Choc des titans » ! Les scénaristes se servent du bestiaire de la mythologie grecque comme d’un punching-ball pour le héros du film, Persée, toujours incarné par Sam Worthington, l’acteur 3D d’« Avatar ». Les combats sont si nombreux que les personnages n’ont pas le temps d’exister. Brossés à très gros coups de pinceaux, ceux-ci ont à peine le temps d’échanger une ou deux répliques qu’ils sont déjà en train de dégainer leurs armes pour se taper dessus. C’est sûr, vos neurones vous remercieront pour la simplicité du spectacle.
-          Pour finir, louons la représentation des dieux dans le film. Toujours interprétés (contre un gros chèque ?) par Liam Neeson et Ralph Fiennes, Zeus et Hadès se chamaillent désormais avec Arès, premier rôle hollywoodien pour Edgar Ramirez, l’interprète de Carlos dans le film éponyme d’Olivier Assayas. Des rôles si ridicules qu’on suspecte « La colère des titans » de n’être finalement rien d’autre qu’un film de propagande athéiste.

On retiendra…
Les scènes d’action, non pas pour leur nombre mais parce que certaines sont réellement impressionnantes, et exploitent très bien la 3D.

On oubliera…
Tous les défauts découlent du scénario stupide qui rend, entre autres, les acteurs impuissants à faire exister leurs personnages. En plus de la musique, si peu inspirée qu’elle en devient inutile.

« La colère des titans » de Jonathan Liebesman, avec Sam Worthington, Liam Neeson,…

lundi 26 mars 2012

Dieu sauve la reine (Les adieux à la reine)


-          En 2006 sortait « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, évoquant la vie de l’épouse de Louis XVI. Marie-Antoinette est de retour au cinéma cette semaine avec « Les adieux à la reine » de Benoit Jacquot, qui a fait l’ouverture de la compétition au festival de Berlin cette année.
-       Même si tu cites en introduction le film de Coppola, cette œuvre-ci n’a pas grand-chose à voir avec… On se réjouira quand même d’entendre enfin au cinéma la reine de France et sa suite s’exprimer en français ! Contrairement à « Marie-Antoinette », le personnage principal n’est pas la plus célèbre des reines de France, mais sa lectrice Sidonie Laborde, et l’intrigue se déroule sur trois jours.
-          Trois journées seulement, mais pas les plus anodines : il s’agit bien évidemment du  14, 15 et 16 juillet 1789. Le film s’ouvre au matin du 14 juillet et alors que l’Histoire est en marche à Paris, la vie au palais de Versailles suit son cours…
-          Justement : parmi les éléments les plus impressionnants dépeints par le film se trouve l’absence totale de réaction des nobles habitants Versailles durant cette journée qui a changé la France. Le film ne cesse de briser les attentes du spectateur. Les nouvelles prenant du temps à arriver, dans ce microcosme complètement renfermé sur soi et dans lequel plonge le spectateur, que la panique n’envahira le film que plus tard.
-          C’est que pendant ces trois jours le film suit obstinément la lectrice de la reine, interprétée par Léa Seydoux, la jeune et omniprésente actrice française. Ainsi, malgré qu’il ait réussi à décrocher l’autorisation de tourner dans l’enceinte-même du palais de Versailles, Benoit Jacquot traite ce décor si particulier d’une manière tout à fait commune, celui-ci étant le cadre de vie ordinaire de Sidonie Laborde. Donc pas de plans aériens spectaculaires exaltant la beauté du palais, Benoit Jacquot reste concentré sur l’avancée de son film et ne fait pas l’erreur d’adopter un autre point de vue que celui du personnage de Léa Seydoux. De même, la photographie du film peut au départ décontenancer, car tout a été manifestement tourné au maximum en lumière naturelle, ce qui ôte le côté pictural de l’image très habituel dans les films en costumes. Le spectateur ne verra pas plus d’événements que ceux vécus par la lectrice, et le film évacue ainsi toute représentation du peuple en colère menant la Révolution.
-          Je sais que tu éviter de raconter l’histoire du film aux lecteurs, mais il est peut-être temps d’arrêter de parler de ce que le film ne montre pas, sinon on n’aura jamais terminé ! Vous l’avez compris, « Les adieux à la reine » n’est pas un film sur la Révolution française, ni sur la reine Marie-Antoinette. C’est d’abord la chronique du naufrage d’un pouvoir, tout autant que l’exposé d’une fascination entre deux personnes de classe sociale différente.
-          C’est ce qui fait toute la richesse de ce film : la multiplicité de ses interprétations. Cette fin d’un régime fait immédiatement penser à la fin des dictatures lors du Printemps arabe, ce qui fait résonner le film avec l’actualité. La relation entre la reine et sa lectrice peut aussi être interprétée comme celle entre une star et son adulatrice. Certains y ont même vu des allusions à Carla Bruni Sarkozy…
-          Est-ce n’importe quoi ? La seule manière de le savoir et de juger par soi-même !

On retiendra…
La mise en scène, le casting impressionnant, le décor du palais de Versailles.

On oubliera…
Malgré tout, la reconstitution semble moins impressionnante que dans d’autres films sur la même période, « Marie-Antoinette » de Coppola en tête…

« Les adieux à la reine » de Benoit Jacquot, avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen,…

lundi 19 mars 2012

Mégalopolis (Metropolis)


-          Un budget colossal, un an de tournage, six-cent vingt kilomètres de pellicule, d’immenses décors futuristes, des effets spéciaux incroyables, plus de trente-cinq mille figurants,…
-          Oh là ! De quel film parles-tu pour t’enivrer ainsi de ces chiffres ? Ne me dis pas qu’il s’agit encore d’ « Avatar » !
-          … et une restauration d’une telle difficulté qu’il a fallu attendre 83 ans pour être capable de remonter le film dans sa version originale : voilà tout ce qui contribue à faire de « Metropolis » l’un des films les plus connus de l’histoire du cinéma. Tu n’avais pas complètement tort : pour comprendre l’envergure de cette œuvre lors de sa sortie en 1927, on peut tenter cette comparaison : « Metropolis » est l’ « Avatar » du cinéma muet.
-          Sauf que « Metropolis » n’a pas du tout bénéficié lors de sa sortie du même engouement public que le film de James Cameron. Devant l’échec critique à sa première à Berlin, le distributeur s’empresse de charcuter une première fois le film, jugé trop long, pour le distribuer dans le monde entier. Mais un mois après sa sortie américaine en mars 1927, le film est de nouveau mutilé : toutes les scènes jugées à caractère communistes sont retirées. Déformé, l’histoire du film devient incompréhensible. Les coupes continueront jusqu’en 1936, où le film est redistribué sous une version de 1h31 – alors que sa version originale dure 2h33 ! Des restaurations se sont succédées à partir de 1984 jusqu’à la découverte en 2008 en Argentine d’une copie très abîmée de la version originale du film, qui a permis la ressortie en 2010 d’une version du film quasi complète.
-          Mais « Metropolis » n’est pas devenu légendaire qu’à cause de l’histoire de son exploitation. Si autant d’efforts ont été consacrés pour restaurer le film, c’est que celui est d’une formidable puissance visuelle. Le réalisateur Fritz Lang a su diriger des foules de figurants pour tourner des scènes parmi les plus impressionnantes du cinéma muet. La direction artistique rend le film inoubliable pour ses décors gigantesques inspirés par l’art déco qui n’ont fait que s’embellir avec le temps, ses costumes jugés futuristes pour l’époque et qui sont dotés maintenant d’un cachet très particulier et unique, sans oublier la figure de l’androïde Maria d’une stupéfiante beauté…
-     

On retiendra…
Une série de visions inoubliables, rendues encore plus impressionnantes par l’âge du film.

On oubliera…
Le scénario souffre d’une certaine naïveté, mais qui est complètement gommée par la puissance de ces images.

« Metropolis » de Fritz Lang, avec Brigitte Helm, Alfred Abel,…

lundi 12 mars 2012

L'an 0 après JC (John Carter)


-          Tu peux arrêter un instant de fixer les étoiles et m’écouter un peu ? D’ailleurs, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu n’arrêtes pas de regarder le ciel depuis la projection de « John Carter ».
-          Excuse-moi. Il m’est difficile de me passionner pour ce film 3D aux enjeux financiers colossaux. Son budget en fait le « Avatar » du studio Disney*. Et pourtant, on ne constate aucun engouement public pour ce « planet opera » qui fait trembler Disney…
-          Que le public boude cette superproduction est parfaitement logique vu le niveau du film. « John Carter » n’est qu’un agréable divertissement qui s’effacera très vite des mémoires. Son défaut d’originalité en est sûrement la cause : tout semble avoir déjà été vu ailleurs dans ce film. Il évoque un mélange de « Star Wars », « Dune », « Avatar » et même de « Cowboys et envahisseurs », sans réussir à transcender ces références.
-          C’est là un des paradoxes du film : « John Carter » est l’adaptation du premier roman du « cycle de Mars » de Burroughs, publié en 1912, une œuvre fondatrice de la science-fiction qui a inspiré bien plus tard tout un pan de la SF. En un sens, on peut dire que les films que tu viens de citer n’auraient jamais existé sans la publication de ce roman. Sauf qu’au cinéma, la chronologie est inversée, et c’est « John Carter » qui semble s’inspirer de ces films !
-          Il a tout simplement un siècle de retard ! Mais le manque d’originalité de l’univers de « John Carter » n’aurait pas été rédhibitoire si le film était soutenu par un bon scénario et l’interprétation des acteurs. Or, ni l’un ni l’autre ne retiennent l’attention.
-          Surtout les acteurs ! Ils sont malheureusement pathétiques dans leurs efforts pour faire vivre cette épopée martienne. En conséquence, malgré le déchaînement d’effets spéciaux, l’histoire se suit sans aucune émotion. De plus, le film est visuellement aussi kitsch que le nom de l’acteur principal…
-          C’est trop facile ça, comme jeu de mots !
-          … quant à la musique, pourtant signée Giacchino, elle est si quelconque qu’elle se détache à peine des bruitages.
-          La mise en scène d’Andrew Stanton, réalisateur de films d’animation Pixar, est au niveau exigé par un tel blockbuster… mais ne suffira pas à sauver « John Carter » de l’oubli auquel il semble destiné. Quoi ? Encore ! Mais qu’y a-t-il donc dans le ciel, cette nuit ? Tu n’es tout de même pas en train de chercher Mars ?
-          Bien sûr que non. C’est Pandora que je guette… (Soupir)

On retiendra…
Des scènes d’action servies par le gigantisme des effets spéciaux, encore plus impressionnantes en 3D.

On oubliera…
Les acteurs, la musique, la direction artistique parfois douteuse, l’humour trop peu présent, et l’absence de souffle…

*A noter :
« Faire son Avatar » va bientôt devenir une expression au cinéma. Suite au succès du film de James Cameron, beaucoup de réalisateurs ont déclaré leur intention de réaliser une superproduction 3D de science-fiction. Après « John Carter », c’est Ridley Scott qui essaiera de dépasser James Cameron avec « Prometheus » fin mai. Roland Emmerich devrait adapter « Fondation » au cinéma, et Luc Besson prépare un « Cinquième élément puissance 10 ». En attendant la sortie des suites d’ « Avatar »…

« John Carter » d’Andrew Stanton, avec Taylor Kitsch, Lynn Collins,…

lundi 5 mars 2012

L’effet Oscar ? (Les infidèles)


-          Idéalement placé le mercredi suivant la remise de l’Oscar du meilleur acteur à Jean Dujardin, « Les infidèles » entend bien multiplier ses entrées au box-office grâce à ce sacre attendu et espéré de l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français.
-          Multiplier ses entrées ? Hélas, oui. Mais si le film bénéficiera de l’effet Oscar, ce sera par le biais d’une grosse arnaque réalisée sur le dos des spectateurs mal informés : « Les infidèles » est une mauvaise comédie, mais qui pourtant devrait réaliser plus d’entrées que « The artist » (ce dernier étant muet). Or, Jean Dujardin comme Gilles Lellouche, qu’ils soient acteurs ou réalisateurs, ne sont presque jamais drôles dans cette comédie qui se veut osée et a pour ambition de bousculer les comédies franco-françaises qui triomphent chaque année au cinéma ici.
-          Au niveau du ton, le duo a effectivement réalisé un film bien plus licencieux que d’habitude. Mais ils ont oublié qu’une comédie devait faire rire ! Leur désir de remuer les comédies françaises semble donc bien ridicule.
-          Un des problèmes de « Les infidèles » est que c’est un film à sketches. L’idée semble au départ intéressante : à la fin de chaque segment, on peut essayer de deviner qui des sept réalisateurs en est l’auteur. Sauf que tous ces segments ont bien évidemment le même sujet, l’infidélité, et l’on s’aperçoit bien vite que d’une histoire à l’autre, tout se répète. Les réalisateurs n’ont malheureusement pas signé les scénarios de leurs segments, et au final ils ont tous réalisé le même film, interprétés qui plus est avec les mêmes acteurs.
-          Aucun de ces courts-métrages n’étant drôle, la structure du film  devient très vite lassante et c’est avec un ennui poli que l’on attend la fin du film. Même si le niveau général est faible, les segments sont en plus très inégaux. On remarquera quand même que le meilleur sketch est celui signé par Michel Hazanavicius, car c’est dans celui-ci que Dujardin est le plus drôle. Comme quoi, dans une interprétation, la direction d’acteur a un rôle prépondérant. Pour le moins réussi, il s’agit sûrement du « prologue » de Fred Cavayé : déjà piètre réalisateur de film d’action, il devient franchement mauvais lorsqu’il s’essaye à la comédie.
-          J’opterais plutôt pour le segment d’Emmanuelle Bercot, cousu de fil blanc et qui apparemment ne visait même pas à faire rire ; mais en réfléchissant bien, il en va de même avec le « Lolita » d’Eric Lartigau… « Les infidèles » ressemble donc plus à une accumulation de déceptions qu’à une suite de courts-métrages.

On retiendra…
Tout au long de la projection, on peut tuer le temps en essayant de deviner qui est l’auteur de chaque sketch…

On oubliera…
… car on ne rit que très peu souvent, et la répétition des situations lasse très vite.

« Les infidèles », film à sketchs de et avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche,…