mardi 16 juillet 2013

Les rimes du Pacifiques (Pacific rim)

Guillermo del Toro est enfin de retour ! Depuis la sortie en 2009 de « Hellboy 2, les légions d’or maudite », son meilleur film à ce jour, le réalisateur mexicain a échoué à réaliser deux de ses projets : « Le hobbit » et « Les montagnes hallucinées ». C’est l’un des cinéastes ayant le plus de projets de films à son calendrier (ou plutôt, qui a le plus communiqué autour de ses projets) et pourtant… c’est avec un film que l’on n’attendait pas qu’il trouve enfin le chemin du retour aux salles de cinéma : « Pacific rim ».


La fusion Honda/Harryhausen
Avec les deux « Hellboy » et « Le labyrinthe de Pan », Guillermo del Toro a prouvé qu’il était le meilleur créateur contemporain d’effets spéciaux non numériques. Privilégiant l’animatronique à la motion capture, les décors artificiels aux fonds verts, del Toro a livré des films d’une incroyable émotion visuelle. Le travail réalisé pour donner vie aux créatures peuplant ces films en fait le digne héritier de Ray Harryhausen, le maitre des monstres animés en stop motion.
« Pacific rim » présente lui aussi un bestiaire incroyable, d’une tout autre échelle cependant que ses précédentes réalisations, puisque le film narre les combats opposant des monstres géants (« kaiju ») à des robots titanesques (« jaegers »). « Pacific rim » est en fait le premier « vrai » blockbuster de del Toro, au regard du budget se chiffrant en centaines de millions de dollars qui lui a été alloué, et du gigantesque spectacle que livre le réalisateur à travers de multiples scènes d’action. Ces combats de géants ravageant des cités entières évoquent évidemment « Godzilla » : le film est logiquement dédié à Ichiro Honda (réalisateur du premier film consacré au monstre en 1954), ainsi que (tout aussi logiquement) à Ray Harryhausen.

Mécanumérique
La production d’un blockbuster aussi bizarre que « Pacific rim » en ces temps de standardisation hollywoodienne relève à elle seule du prodige. « Pacific rim » ressemble à la réalisation du rêve d'un admirateur lucide des films « kaiju », ce genre présentant des combats entre monstres colossaux très prisé par le cinéma japonais de série B (au mieux) et auquel Hollywood ne s’est jamais vraiment intéressé jusqu’à très récemment. del Toro a en effet eu les moyens et le talent pour rendre ces luttes crédibles et épiques : son film se situe loin, très loin du ridicule associé au genre.
Ces moyens sont, entre autres, le recours intensif aux effets spéciaux numériques, qui, s’ils ôtent le charme des maquettes, se révèlent être la seule solution pour parvenir à une vraisemblance et une crédibilité essentielles à la naissance de l’émotion. Les robots de guerre bâtis par les hommes pour se protéger des monstres sont pilotés par deux soldats, engoncés dans une machinerie logée dans la tête du robot. La machine de guerre anthropomorphe reproduit les mouvements des soldats, qui se meuvent de manière synchrones grâce à un lien neural - une excellente idée du scénario est en effet que chaque soldat pilote un hémisphère cérébral de l’entité mécanique. Ce lien neural fait beaucoup penser à « Avatar ». Mais del Toro dévie la métaphore du monde virtuel du film de James Cameron vers une célébration de la mécanique. Avec les pilotes des Jaegers faisant corps avec les rouages de leur machines, del Toro rappelle l’héritage mécanique des effets spéciaux.
On s’amuse donc beaucoup devant « Pacific rim ». Guillermo del Toro donne toujours l’impression de s’être autant divertique le spectateur à faire son film. Au plaisir communicatif des impressionnants combats de titans orchestrés d’une main de maître s’ajoute l’humour du réalisateur mexicain. On ne peut manquer de citer l’apparition inattendue et épatante de Ron Perlman, assurément le grand moment de dérision du film.
La musique de Ramin Djawadi, bâtie autour d’un thème unique, est excellente et contribue à rendre les combats épiques.

Convention
Toutefois, malgré tous ses atouts, « Pacific rim » laisse un goût d’inachevé à la fin de la projection. L’œuvre aurait pu prétendre à beaucoup plus d’émotion. Mais le scénario à la trame générale trop conventionnelle, l’exploitation trop convenue de la superbe idée de départ (la fusion neurale des deux pilotes d’un Jaeger), et enfin les acteurs principaux trop peu charismatiques (Charlie Hunnam et Rinko Kinkuchi) empêchent Guillermo del Toro de renouer, excepté lors de quelques séquences, avec les sommets d’émotion de ses deux derniers films.
Ce n'est toutefois pas suffisant pour diminuer le plaisir à retrouver dans les salles obscures le réalisateur mexicain. « Pacific rim » confirme l'excellent niveau de cet été américain.

On retiendra…
L’audacieuse créativité de del Toro se déploie à une nouvelle échelle, épique et colossale.

On oubliera…
La trame générale trop peu originale du scénario et le déficit charismatique des acteurs principaux font perdre le film en émotion, à l’échelle humaine - là où del Toro excellait auparavant.



« Pacific rim » de Guillermo del Toro, avec Charlie Hunnamn, Rinko Kinkuchi, Idris Elba,…

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