lundi 8 octobre 2012

Mon cerveau m’a été enlevé (Taken 2)



-          Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu des gens se plaindre du cinéma français. Trop ennuyeux, trop psychologique, trop triste, trop compliqué…
-          Ah ! Si seulement ces adjectifs pouvaient s’appliquer à « Taken 2 » ! Cette superproduction nationale, disposant de l’un des plus gros budgets réunis par le cinéma français, n’est pourtant pas identifiée par bon nombre de spectateurs comme un film bien de chez nous.
-          Mais comment les spectateurs peuvent-ils ne pas s’en apercevoir ? Bon, il est vrai que le film a été tourné en anglais sans acteurs français, en Turquie et aux Etats-Unis, que la réalisation imite celle des derniers films d’action américains, mais quand même : il y a écrit Luc Besson sur l’affiche et le nom du réalisateur ne sonne-t-il pas français : Olivier Megaton ?
-          J’espère que ces interrogations étaient rhétoriques. Avec ce mode de production, Luc Besson (à travers sa société Europacorp) réussit à générer les plus hauts profits du cinéma hexagonal à l’étranger. Sorti en 2008, « Taken » avait connu un grand succès à travers le monde malgré la démolition critique de la presse. C’est rare qu’un film oppose à ce point critiques et spectateurs. Pour moi, ce succès est un mystère : « Taken », ce n’est vraiment pas terrible. Avec un scénario capable de toutes les invraisemblances pour rester simple et linéaire et des scènes d’action pas du tout palpitantes, le film n’avait de mon point de vu rien pour plaire.
-          Allez, maintenant que tu as vu sa suite, tu as un début de réponse… Ce que recherchaient les spectateurs de « Taken », c’était le plaisir régressif d’un scénario débile mais aux allures de drame. « Taken 2 » contient encore plus d’énormités que « Taken ». Passons sur toutes les coïncidences ménagées par l’histoire et les raccords honteux entre deux actions qui n’ont absolument pas la même cohérence temporelle. Voir ce qui deviendra assurément la scène culte du film procure ce genre d’ébahissements qui nous ont conduits à hausser la note du film de une à deux étoiles : l’héroïne du film balance à la demande de son père et sans aucun scrupule des grenades dans les rues bondées du bazar d’Istanbul, et ce sans que cela ne choque qui que ce soit.
-          Alors même qu’un dialogue rappelait qu’Istanbul était la jonction entre l’Orient et l’Occident ! Mais ne vous inquiétez pas : malgré les apparences, il n’y a aucune idéologie abjecte cachée derrière « Taken 2 ». Juste de la bêtise : Liam Neeson agissait aussi impunément dans le Paris de « Taken ».
-          En mettant en images ce bijou scénaristique, Olivier Megaton prouve qu’il est aussi bourrin que son nom d’artiste le laissait entendre. Imitant la réalisation stroboscopique de Paul Greengrass, Megaton multiplie jusqu’à l’écœurement les points de vue pour filmer une scène, et obéit quel que soit son sujet à ce qui doit être sa règle d’or : plus un plan est court et meilleur il est. On met au défi quiconque de comprendre la mise en scène de la première scène de dialogue du film, absolument illisible. Lorsque Paul Greengrass filmait ainsi les courses-poursuites de Jason Bourne, on justifiait sa mise en scène par une exacerbation de la paranoïa ambiante. Dans les deux « Taken », le héros, un ex-militaire mal réinséré dans la société civile, est effectivement paranoïaque… sauf que les scénaristes lui donnent toujours raison.

On retiendra…
La débilité du scénario et de sa morale finale. Deux scènes d’action très réussies. Le décor stambouliote.

On oubliera…
Quand donc Luc Besson le comprendra-t-il ? Imiter Hollywood ne doit pas signifier prendre ses spectateurs pour des imbéciles.

« Taken 2 » d’Olivier Megaton, avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen,…

lundi 1 octobre 2012

Vrai ou faux ? (Wrong)


Vous ne supportez plus de remplir les grilles de mots croisés ou de sudoku du 20minutes en amphi ? Tentez de répondre à ce « Vrai ou faux ? » !


1.       Le titre du film de la semaine est « Right ».
2.       J’aime les petits pois.
3.       Après « Steak » et « Rubber » (épisode 7), c’est le troisième film de Mr Oizo.
4.       Ce long-métrage m’a permis de mieux comprendre la guerre des Boers.
5.       Il s’agit de son meilleur film.
6.       Les hommes barbus peuvent communiquer par télépathie avec les chiens.
7.       On y découvre Eric Judor (mais pas Ramzy) parler sa langue maternelle, l’anglais.
8.       Aujourd’hui, Météo France prévoit de la pluie dans les amphis.
9.       Arctan (exp (sin (ln Pi) ) ) = 5.
10.   Un palmier laissé sans surveillance se transforme en sapin.
11.   Utopia Toulouse diffuse le film gratuitement jusqu’au 6 novembre. Alors faites-vous plaisir, allez le voir.

Réponses :
1.       Wrong. The title is « Wrong ».
2.       Vrai. Surtout quand il neige dehors.
3.       Faux. Ou presque vrai : Mr Oizo signe la musique. Quentin Dupieux réalise. Mais il s’agit de la même personne.
4.       Faux. « Wrong » a un tout autre sujet, mais je serai bien incapable de le citer. « Wrong » n’a aucun sens : c’est du nonsense. Mais on ne peut s’empêcher, tout au long du film, de se demander si le réalisateur-scénariste n’a quand même pas caché quelque chose derrière tout ça. C’est justement la question qui empêche ce non-sens de lasser, et qui évite au réalisateur de devoir se lancer dans une escalade de l’absurdité pour maintenir l’attention du spectateur.
5.       Indécidable. La carrière cinématographique de Quentin Dupieux vient juste de commencer. Il est maintenant en train de préparer le tournage du premier scénario qu’il a écrit, « Réalité », avec Alain Chabat.
6.       Pas que je sache, mais n’ayant ni barbe ni chien je ne peux me prononcer.
7.       Faux. Eric Judor est français, et ça s’entend quand il parle anglais. Ça se ressent aussi dans son interprétation. Qui n’en est que plus drôle.
8.       Faux. Comme ça ne surprendra personne, j’ajouterai très à-propos que la photographie de « Wrong » est très belle. Comme pour « Rubber », le film a été tourné avec un appareil photo Canon. Dupieux sait s’en servir comme personne au monde. Cet appareil lui permet d’apporter une touche légèrement irréelle à son image, par exemple il ne corrige pas ses très légère saccades.
9.       Faux. Les MIC auront déjà calculé un résultat proche de 46. Par contre, 5 est bien la note accordée au film. « Steak » nous avait déjà beaucoup fait rire. C’était encore mieux avec « Rubber », qui avait confirmé que Quentin Dupieux était un réalisateur ovni. « Wrong » dépasse ses deux prédécesseurs.
10.   Faux. D’après mon expérience personnelle.
11.   Hélas, faux. Ce n’est pas gratuit. Mais allez-y quand même. Et une fois vu, essayez de nouveau de répondre à ce Vrai/Faux. Il se peut que ce soit beaucoup moins évident…

« Wrong » de Quentin Dupieux, avec Jack Plotnick, Eric Judor, William Fichtner,…

lundi 24 septembre 2012

La critique de film dont TU es le héros ! (Après la bataille)



1. Aujourd’hui, place à un projet complètement fou : après étude d’un rapport écrit par les meilleurs spécialistes PPI de l’INSA, il est apparu clairement qu’il fallait « replacer l’humain au centre du cursus scolaire et extrascolaire, pour embrasser pleinement la notion de savoir – savoir devenir » (paragraphe 728, alinéa 12). Nous avons donc logiquement décidé d’effectuer une critique de film qui vous plaçait, VOUS, au centre de notre démarche. Et maintenant, filez en 4, qu’on puisse quand même parler un peu du film (bah oui, c’est quand même le but).


2. Commençons par les points positifs : le film permet tout d’abord de plonger au cœur de la révolution égyptienne, à l’aide notamment d’une ambiance assez réussie. Certaines séquences mêlant images documentaires et images du film parviennent d’ailleurs à retranscrire les grandes lignes directrices de cette révolution d’une façon assez audacieuse. Le sujet même du film est, lui aussi, plutôt osé, surtout si tôt après les éléments décrits : c’est peut-être d’ailleurs ce qui l’a aidé à faire partie de la sélection officielle du dernier festival de Cannes.Si vous ne voulez pas en entendre plus sur ce film qui a tout l’air d’être un chef-d’œuvre, et qui possède en plus des acteurs souvent charismatiques, direction le 3 ; si vous préférez passer à l’étape difficile des défauts avant de vous décider, alors c’est vers le 7 qu’il faudra aller.

3. Ca y est, vous avez enfin trouvé le film qu’il vous faut, le film parfait, audacieux, perspicace. C’est bien simple, il n’a que des qualités. D’ailleurs, à quoi sert donc cette critique, à part à l’encenser ? A rien. Ce film est un chef-d’œuvre. Une œuvre d’art. Une pépite brûlante et lucide sur les tenants et aboutissants de la révolution égyptienne. Pour vous, il vaut au moins… allez… 6/5, pour rester objectif.


4. Alors alors, qu’avons-nous aujourd’hui ? Ah oui, Après la Bataille, un film égyptien relatif à un événement particulièrement récent : les derniers jours de la révolution égyptienne, et notamment les combats ayant eu lieu Place Tahrir. Si vous avez toujours détesté les manifestations, direction le 8 ; sinon, continuez en 2.


5. Un film relativement audacieux, mais qui passe en partie à côté de son sujet, et qui en plus possède un certain nombre d’autre défauts peu attirants : ne cherchez plus, tout ça ne vaut qu’un bon 2/5, pas plus. Et si vous commencez à sortir les pancartes pour protester contre cette sévérité imméritée, allez voir le film et… on en reparle après !



6. Hé, ho, comment vous êtes arrivés là, vous ? Non, ne cherchez pas d’excuse maladroite, aucun paragraphe ne redirige ici ! Je le sais, c’est moi qui ai écrit cette critique. Les tricheurs comme vous, on n’en veut pas par ici : du balai, et plus vite que ça. Et je vous préviens : on ne manquera pas d’indiquer sur votre prochain bulletin de notes que les innovations PPI, vous n’en avez rien à cirer.



7. Et oui, malheureusement, Après la Bataille n’est pas exempt de défauts, loin de là. Par où commencer ? Tout d’abord, le film brasse un certain nombre de choses pour en faire un melting-pot au final sans grande consistance, voire assez indigeste. Un documentaire sur le même sujet aurait eu bien plus de portée et de puissance – d’ailleurs, si ça vous intéresse, vous pouvez vous tourner vers le très bon Tahrir, Place de la Libération, documentaire sorti en DVD au début de l’été. Et pour en revenir à Après la Bataille, le film souffre aussi, pêle-mêle, de dialogues, postures, situations et ressorts dramatiques souvent trop théâtraux, leur faisant perdre une bonne part de leur crédibilité ; de scènes faisant parfois plus penser à un téléfilm qu’à un film ou un documentaire ; et enfin, d’une profusion de bons sentiments lassante et invraisemblable. Quoi ? Toute cette critique harassante et interminable, et même pas une note à la fin ? Mais si, mais si, restez assis, gardez votre calme, et allez en 5 : votre vœu le plus cher va être exaucé. Non, ne nous remerciez pas.



8. Les manifs de la CGT, ça n’a jamais été votre truc ? Celles de la Place Tahrir, n’en parlons pas, d’ailleurs vous ne savez même pas où c’est ? Et vous n’avez pas envie d’en savoir plus, la lecture de cette critique vous ayant déjà passablement ennuyé – c’est déjà beau que vous soyez arrivés jusqu’à cette étape 8. Alors pour vous, Après la Bataille ne vaut pas plus de 1/5. Sévère, mais juste. Ils n’avaient qu’à choisir un autre sujet, non mais. Sinon, il y aResident Evil : Retribution qui sort au ciné la semaine prochaine : ça, ça va dépoter grave.


Après la Bataille, de Yousry Nasrallah, avec Mena Shalaby, Bassem Samra, Nahed El Sebaï,...

Par Re4Qube

lundi 17 septembre 2012

Prohibé (Des hommes sans loi)


-          John Hillcoat est un réalisateur australien qui, depuis qu’il a réalisé le western « The proposition », semble s’être exilé à Hollywood. Après « La route » en 2009 - très bien mais qui souffrait évidemment de la comparaison avec le livre de Cormac McCarthy dont il était adapté - le voilà de retour avec « Des hommes sans loi », en compétition à Cannes cette année.
-          Tu te plaignais la semaine dernière de la fin des vacances… Pourtant, ça ne fait pas du bien de revoir enfin de grands films ?
-          C’est vrai que l’histoire de la famille Bondurant, contrebandiers de l’état de Virginie pendant la Prohibition m’a transporté. Malgré un tel synopsis, le réalisateur évite (une fois de plus) de tomber dans l’académisme : « Des hommes sans loi » se distingue par bien d’autres aspects que celui de sa reconstitution attentive et soignée du quotidien de l'Amérique sous la Prohibition. Depuis ses débuts, la réalisation de John Hillcoat est marquée par des scènes d’une très grande violence…
-          « Des hommes sans loi » n’y fait pas exception. Une des plus sanglantes d’entre elles se révèle très surprenante grâce à son dénouement…
-          Chut ! On ne peut malheureusement pas en dire beaucoup plus au risque de trop en dévoiler sur l’intrigue. Mais c’est à partir de là que se dévoile l’habileté du scénario, qui permet au film de s’interroger sur son propre statut de reconstitution historique.
-          Impossible de ne pas parler de l’interprétation de Tom Hardy, bien plus bestial et saisissant lorsque son visage et sa voix ne sont pas déformés par le costume de Bane. Et l’autre performance incontournable de ce film est celle de Guy Pearce, acteur australien capable de toutes les transformations, et qui joue ici un agent du FBI aux manières aussi effrayantes que drôles (!).
-          Le reste du casting est tout aussi bon : Gary Oldman, Jessica Chastain, Shia Labeouf, Mia Wasikoswka : mis à part, tous les acteurs cités sont tous des stars montantes. Hillcoat offre à Shia Labeouf son meilleur rôle à ce jour, rôle qui de plus n’est pas sans échos avec la carrière de l’acteur.
-          Etonnant que les critiques à Cannes aient été aussi froides… Peut-être parce que certains ont voulu y voir un portrait en creux de la société d’aujourd’hui en lutte contre la contrebande de stupéfiants, ce qui me semble être presque un contresens.
-          John Hillcoat a réalisé un magnifique film de gangsters, bien aidé par le scénario de son compatriote Nick Cave, aussi compositeur de la musique du film.

On retiendra…
L’interprétation de Tom Hardy et Guy Pearce, le scénario et la musique de Nick Cave, le souffle de la réalisation.

On oubliera…
Même s’il est très réussi, « Des hommes sans loi » n’apporte rien de vraiment nouveau.

« Des hommes sans loi », avec Shia Labeouf, Tom Hardy, Guy Pearce, Jason Clarke, Jessica Chastain,…

lundi 10 septembre 2012

Heureusement, c’est la rentrée



-          Non, je ne veux pas y aller ! Mais arrête : je t’ai dit que je n’y irai pas !
-          C’est chaque année le même cinéma ! La rentrée est toujours un moment difficile, mais tu le sais bien, on s’y fait quand même, à la fin des vacances…
-          Pas cette année ! Je suis trop vieux, j’en ai marre de répéter toujours le même traumatisme. Je n’arriverai pas à réfléchir de nouveau… C’est devenu trop exigeant. Et j’ai perdu la mémoire.
-          « Réfléchir de nouveau » ? Mais que t’est-il arrivé ces vacances ?
-          Je suis encore allé voir tous les blockbusters américains de l’été. Des films comme « Total... »… « Total ri… »… Zut, je ne me souviens plus du titre !
-          Euh… « Total recall, mémoire effacée » ? L’idée de faire un remake du film de Paul Verhoeven était déjà stupide, mais le film est carrément débile. Enfin, au moins il y avait quelques différences entre le remake et l’original, ce qui n’était pas le cas de l’autre remake de l’été, « The amazing Spider-Man », tellement inutile que je pense que j’omettrai d’en parler dans l’article de rentrée dans Contact.
-          Non ! Ne parle pas de rentrée ! Même quand les films étaient bons, voire très bons, je n’avais pas besoin de réfléchir pour les suivre : « Abraham Lincoln, chasseur de vampires », « Expendables 2 » m’ont beaucoup diverti mais ne m’ont pas plongé dans des abîmes de réflexion.
-          En effet. Moi, ça a été le cas pour « The dark knigt rises ». Impossible de savoir si malgré ma déception c’était quand même un bon film. Mais je pense que tu seras d’accord avec moi sur le fait que le film d’action le plus spectaculaire de l’été était « The raid » de Gareth Evans.
-          Pas seulement de l’été, mais de la décennie ! Je n’aurais jamais imaginé qu’un film pouvait enchaîner sans jamais lasser quatre-vingt-dix minutes de combats non-stop entre gangsters et policiers piégés dans un immeuble de Jakarta ! Un déchaînement de violence qui n’a pas non plus réveillé mes neurones… De même que les grands auteurs, qui n’ont pas plus réussi à me sortir de cette torpeur estivale.
-          Avec « La part des anges » et surtout « To Rome with love », Ken Loach et Woody Allen ont vraiment pris des vacances. Mais arrête un peu de te plaindre de cet été : que fais-tu de « Faust » et « Holy motors » ? Ce seront sans doute les deux meilleurs films de l’année. Si le premier a en toute logique gagné le Lion d’or l’an dernier, le second est revenu bredouille du festival de Cannes – ce qui est complètement aberrant !
-          Voilà, toi non plus tu ne comprends plus rien ! Et tu n’arriveras plus à suivre tous ces films qui s’annoncent. Qu’est-ce que ça va être dur, cette rentrée cinématographique !

On retiendra…
« Holy motors », Faust », « The raid ».

On oubliera…
« The amazing Spider-Man », « Total recall, mémoires programmées », « To Rome with love ».

samedi 8 septembre 2012

Totalement futile, mémoire effacée (Total recall, mémoires programmées)


Sorti en 1990, « Total recall » de Paul Verhoeven avait préfiguré par son scénario adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick tous les blockbusters qui, par la suite, s’interrogeraient sur la perception de la réalité par l’esprit humain, et dont le dernier opus en date est « Inception ». Vingt-deux ans plus tard sort ce remake piloté par Len Wiseman, petit faiseur hollywoodien qui ne réalise que des commandes de studios depuis son premier « Underworld » en 2003. Pourquoi sortir aujourd’hui un remake de « Total recall » ? A cette question soulevée dès l’annonce surprenante de la mise en chantier de ce projet il y a deux ans, il n’y a toujours pas de réponse.


Souvenir fatal
Après la sortie de « Matrix » et d’« Inception », revenir à « Total recall » semble complètement futile, puisque la réflexion amorcée dans le blockbuster de Verhoeven en 1990 a été depuis poussée beaucoup trop loin pour qu’on puisse y retourner avec le scénario de « Total recall ». Ça aurait pu être intéressant si Len Wiseman jouait sur le souvenir que le spectateur avait du film original, avec ce remake justement sous-titré « mémoires programmées ». Sauf qu’il ne le fait que le temps d’une très courte scène, sans qu’il ne se rende compte qu’il tenait là ce qui aurait pu sauver son film. Très courte car dès l’instant passé, Wiseman relance la course-poursuite, qui occupe de fait l’essentiel du scénario et des deux heures du film, dans une pâle tentative d’imitation de la série « Jason Bourne ».
Si « Total recall, mémoires programmées » est un remake raté et inutile, c’est aussi parce qu’il est bien moins ambitieux que le film de Verhoeven. Ainsi, pas d’escapade sur Mars (juste citée dans une réplique) ! A la place, les scénaristes proposent un ascenseur traversant la Terre, joignant la Grande-Bretagne à l’Australie – le reste du monde étant inhabitable, ce qui ressemble trop à une commodité narrative. L’intérêt de cet ascenseur est qu’il permet quelques scènes d’apesanteur, qui font immédiatement penser à « Inception » - et la comparaison n’est pas flatteuse. Les rappels qui entretenaient l’ambigüité dans le film de Verhoeven sont ici moins nombreux et presque oubliés par Wiseman, qui ne pense qu’à ses scènes d’action. Sauf que celles-ci sont peu spectaculaires, moches (la direction artistique est un fiasco) et interprétées par des acteurs caricaturaux…
         Il n’y a donc vraiment rien à sauver de ce remake. Et qui s’efface déjà des mémoires…

On retiendra…
Euh ?... J’ai déjà tout oublié.

On oubliera…
Avant de voir le film, la raison motivant la réalisation de ce remake était déjà vague. Maintenant, on est noyé.

« Total recall, mémoires programmées » de Len Wiseman, avec Colin Farrell, Kate Beckinsale,…

vendredi 7 septembre 2012

Le super-héros de l'année (Abraham Lincoln, chasseur de vampires)

A quelques mois de la sortie du biopic sur Abraham Lincoln de Steven Spielberg, c’est un autre film sur le plus célèbre des présidents américains qui a envahi les salles de cinéma cet été. Produit par Tim Burton, adapté du roman de Seth Graham-Smith, ici scénariste (et qui avait déjà signé le scénario du pathétique « Dark shadows » de Tim Burton), et réalisé par Timur Bekmanbetov, cet « Abraham Lincoln, chasseur de vampires »  avait un pitch des plus séduisants au milieu des suites et remakes des autres blockbusters américains de l’été.  Le film est une étonnante réussite.


Divertissement
« Abrahama Lincoln, chasseur de vampires » ne prétendait pas à plus : c’est un extraordinaire divertissement. Grâce à la réalisation de Timur Bekmanbetov, le film possède un rythme trépidant. Les scènes d’action s’enchaînent, mais ne lassent jamais, car le réalisateur a une sacrée audace visuelle. Malgré le « petit » budget dont il disposait (pour un blockbuster hollywoodien d’été), Bekmanbetov ne s’est rien refusé : combats au milieu manade de chevaux paniqués, sur le toit d’un train fonçant à toute allure sur un pont en flammes… Faisant fi de tout réalisme pour ne privilégier que le rocambolesque ébouriffant de ses scènes d’action, Bekmanbetov livre un grand spectacle qui a pour lui le charme de sa modeste ambition, où la 3D est la bienvenue.
Une fantaisie parfaitement en accord avec le scénario échevelé de Graham-Smith, contenant beaucoup d’humour et très bien écrit, et dont l’épilogue final m’a beaucoup fait rire. Abraham Lincoln, transformé en super-héros en lutte contre les vampires, ne serait-il pas l’événement de cet été américain  – au nez et à la barbe de « The dark knigt rises » ?

On retiendra…
Le délire des scènes d’action, l’idée folle du scénario.

On oubliera…
Malgré toutes ses qualités, « Abraham Lincoln, chasseur de vampires » n’est qu’un (très bon) divertissement.

« Abraham Lincoln, chasseur de vampires » de Timur Bekmanbetov, avec Benjamin Walker, Dominic Cooper,…