vendredi 19 août 2011

Almodóvar fait peau neuve (La piel que habito)

Dix-huitème film de Pedro Almodóvar, et quatrième en sélection officielle à Cannes, « La piel que habito » est malheureusement encore revenu bredouille du festival, faisant de l’espagnol le réalisateur maudit de Cannes. Mais pourtant, quel film ! Le chef-d’œuvre d’Almodóvar, sa plus grande œuvre à ce jour, une réussite extraordinaire.


On pensait pourtant Pedro Almodóvar perdu dans ses obsessions, répétant de film en film toujours les mêmes histoires d’amour tordues. « Les étreintes brisées », son film précédent, s’était révélé décevant, n’apportant rien de neuf à une filmographie déjà conséquente, si ce n’est un énième ressassement des thèmes fétiches et emblématiques du réalisateur espagnol le plus connu au monde, et ce alors même qu’Almodóvar avait promis du nouveau (avec une Pénélope Cruz « comme on ne l’avait encore jamais vu » – en fait, elle était juste blonde…). Qu’Almodóvar se répète est normal, il explore de film en film toujours plus profondément les thèmes qui lui sont chers et définissent maintenant toute son œuvre à un point tel qu’on reconnait instantanément un film du réalisateur. Mais il ne semblait plus avancer. Ce qui lui manquait, c’était du sang neuf, qu’il a trouvé dans le roman « Mygale » du français Thierry Jonquet. Et d’un coup, c’est un bond en avant, le film le plus magistral d’Almodovar.
Tous les thèmes d’Almodóvar se retrouvent donc une fois de plus dans « La piel que habito », mais sous une forme inédite, une histoire vicieuse de chirurgie science-fictionnelle qui traite principalement de l’identité. Tout est surprenant dans ce film, d’une originalité incroyable, audacieuse et complètement inattendue, ce qui est de plus en plus rare au cinéma et en particulier dans celui d’Almodóvar. Même si le réalisateur a déjà fait le tour de toutes les histoires d’amour extravagantes et d’inceste, celle-ci est racontée sous une forme neuve et qui s’intègre si parfaitement à l’univers coloré du réalisateur qu’il peut y déployer en profondeur tout son art.
Les couleurs sont toujours aussi vives, mais cette fois-ci une noirceur sourd de la magnifique photographie, instillant le malaise chez le spectateur. A l’image du visage d’Antonio Banderas, qui dès son apparition est déjà terriblement inquiétant. L’histoire est extraordinaire, impitoyable et met férocement mal à l’aise. On est manipulé avec bonheur et horreur, et on ressort de la projection avec le souvenir du film gravé à vif dans la mémoire. Le genre de film qui ne s’oublie pas et ne s’oubliera pas.

On retiendra…
Almodovar transcende ses thèmes grâce à une histoire ahurissante, surprenante, embarassante et plus que déconcertante.

« La piel que habito » de Pedro Almodóvar, avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes,…

L'été américain 5 : Le pire vient de la France (Colombiana)

Suite aux très mauvais résultats de sa société EuropaCorp pour son dixième anniversaire, Luc Besson avait assuré avoir réagi et réformé en profondeur son entreprise. A part sur un volet : « la créativité » qui est selon lui le point fort d’EuropaCorp. « Colombiana », nouvelle production internationale du studio souffre pourtant cruellement d’un manque total d’idées, et force à s’interroger sur la prétendue « créativité » d’EuropaCorp. Il n’y en a aucune dans « Colombiana », un film si standardisé, mécaniquement écrit et réalisé, qu’il provoque dès les premières minutes un ennui abyssal et une exaspération sans bornes devant tant de bêtise.


Une réalisation à la bassesse de son scénario
Luc Besson n’a donc plus d’idées. Co-auteur du scénario, il livre ici un mélange entre « Nikita » et « Léon » dont la seule variation tient à la nationalité (colombienne, bien sûr) de son héroïne. Un tel recyclage est bien agaçant, et on comprend de suite qu’il n’y a absolument rien à attendre du scénario, cousu de fil blanc. Ce qui est déjà éminemment problématique.
Mais il y a pire encore : la réalisation d’Olivier Mégaton, un des réalisateurs interchangeables de l’écurie EuropaCorp (où seul Luc Besson a une réelle identité). Sa spécialité, c’est le film d’action et c’est tout ce qui l’intéresse. Il se retrouve tout pataud face aux scènes qu’il est obligé de filmer entre deux fusillades.
On est d’abord pris de nausée les cinq premières minutes à cause d’un montage rapide qui met à la suite les uns des autres des plans en mouvement d’une durée inférieure à une seconde… alors que c’est une scène de dialogue ! Paul Greengrass, lui se calme lorsque ses personnages parlent, et maîtrise parfaitement le rythme de ses films, ce que ses copieurs tel Mégaton ici ne savent pas faire. La réalisation acquiert certes plus de cohérence lors des scènes d’action où le montage est en adéquation avec ce qui est montré, notamment lors du combat final très efficace et plutôt impressionnant.

Mécanique accablante
Mais le reste n’est qu’une énorme mécanique, aussi bien sur la forme avec un montage qui enchaîne les plans sans imagination et les scènes répétitives et sans originalité, que sur le fond avec une histoire racontant les agissements d’une tueuse qui a tout prévu à l’avance, et qui exécute tout machinalement. La plus grosse erreur du scénario est que son héroïne en sait toujours plus que le spectateur. Pendant tout le film, on la voit appliquer ses plans apparemment mûrement réfléchis pour s’infiltrer dans une prison ou une demeure. Tout ayant été préparé, elle a toujours un coup d’avance sur ses ennemis, et jamais elle ne se fait surprendre. Comme elle a tout prévu, tout est prévisible. Et la voir suivre son plan automatiquement et même somnambuliquement, devient très frustrant et aussi passionnant que regarder les aiguilles de sa montre tourner pendant les 125 minutes du film.
Et même si ces aiguilles ont la plastique de Zoe Saldana et tirent des coups de feu, cela ne suffit pas à sauver l’un des pires films de cet été. En outre, et pour terminer de nous achever, Luc Besson se refuse désormais de tuer ses personnages, incapable qu’il est de se fermer à la possibilité d’une suite, laissant la fin ouverte et prête au lancement d’une nouvelle franchise. On lui souhaite bonne chance : « Colombiana » en aura bien besoin au box-office.

On retiendra…
Le combat final, seule scène d’action véritablement impressionnante.

On oubliera…
Le manque hadal d’originalité. L’enchaînement mécanique du film.

« Colombiana » de Olivier Mégaton, avec Zoe Saldana, Amandla Stenberg,…

mercredi 3 août 2011

L'été américain 4 : Super film (Super 8)

Seul blockbuster américain complètement original sortant cet été (mais premier film de ce genre pour son réalisateur, auteur précédemment au cinéma de commandes de studios, certes excellentes, mais des commandes quand même), « Super 8 » constituait donc déjà un événement avant même sa sortie. D’autant plus qu’avec les techniques sophistiquées de marketing mises en place autour du film comme pour chaque projet de J.J Abrams, tout avait été fait pour susciter de l’attente : par exemple, la bande-annonce diffusée plus d’un an auparavant, alors même que le film n’avait pas été tourné…


« Super 8 » se révèle être un excellent blockbuster, ce qui n’était pas arrivé cette année depuis « The green hornet » de Michel Gondry. L’histoire autour de laquelle planait tant de mystère n’est au fond pas si inédit qu’espéré, mais son traitement l’est beaucoup plus, puisqu’on y suit le tournage amateur d’un film de zombies en super 8 par un groupe de jeunes adolescents, en 1979.

Hommage argentique et numérique à Spielberg
Abrams livre ici un film hommage à Spielberg, également producteur. Une certaine nostalgie irrigue le film, venant autant de l’environnement technologique de l’époque recréé en décor (premiers baladeurs, caméras super 8 avec pellicules à développer) que de la forme-même du film, tout en référence au cinéma de Spielberg. « Super 8 » ressemble à une sorte de « E.T. » tourné sans super 8 mais bien avec les effets spéciaux numériques d’aujourd’hui. Abrams n’a pas poussé l’hommage jusque là, on ne dira pas que c’est dommage vu que ces derniers sont très impressionnants. Le film exploite à fond l’IMAX, et lors de la scène du déraillement du train c’est dans la salle de cinéma que les wagons s’écrasent. Faire ce film « à l’ancienne » eut peut-être rajouté de la cohérence à cette tentative d’Abrams de résurrection du cinéma « enfantin » de Spielberg (période optimiste « E.T. », avant « La Guerre des Mondes »), mais ôté aussi de l’actualité au film. « Super 8 » tente donc d’allier plaisir nostalgique avec plaisir numérique, et y réussit très bien.

Prisonnier de ses références
On trouve quand même ça et là la marque d’Abrams dans ce film, au-delà des innombrables références qu’il dissémine partout, comme cette photographie qui transforme la lumière en halos, traversant de façon récurrente l’image. De plus, Abrams s’est inspiré de sa propre vie pour écrire cette histoire, puisqu’il a été contacté par Spielberg suite à sa participation à un concours de film tourné en Super 8. Mais pour ce qui est son film le plus personnel, le plus geek des cinéastes ne va pas plus loin qu’un hommage réussi à Spielberg. Le final est très émouvant, mais a déjà été vu chez ce dernier. On attend encore que le cinéaste s’affranchisse de ses références pour livrer un film véritablement original.

On retiendra…
Le pastiche du cinéma de Spielberg, qui joue sur la nostalgie mais avec les effets spéciaux d’aujourd’hui.

On oubliera…
Le pastiche du cinéma de Spielberg : quand Abrams s’affranchira-t-il de ses modèles ?

« Super 8 » de J. J. Abrams, avec Kyle Chandler, Elle Fanning, Joel Courtney,…

mardi 2 août 2011

Ombres chinoises (Les contes de la nuit)

Michel Ocelot s’est imposé depuis « Kirikou et la Sorcière » en 1998 comme un des piliers de l’animation française. Il possède un univers graphique très particulier, immédiatement reconnaissable, et qu'il a le mérite de perpétuer film après film, sans jamais céder aux tentations d’un cinéma commercial, maintenant intact sa poésie et qui restera à coup sûr dans les mémoires.


« Les contes de la nuit » est son cinquième long-métrage. Il était en compétition à Berlin cette année et faisait partie de la fameuse « journée 3D » organisée par le festival. En fait de long-métrage, c’est plutôt six contes qui nous sont proposés en autant de courts-métrages. Ils sont tous d’aussi bonne qualité, mais se détache quand même « Le garçon qui ne mentait jamais », le plus émouvant des six. C’est aussi le seul à être un peu moins optimiste et empreint de la naïveté des contes, que l’on reproche parfois à Michel Ocelot. Une naïveté assumée et absolument pas problématique. Les personnages intervenant entre chaque histoire (en fait acteur des ces contes) expriment même la pensée de leur créateur : un conte sans morale n’a aucun intérêt. Pourquoi irait-on reprocher aux « Contes de la nuit » d’avoir les défauts inhérents aux contes ? Leur absence semble difficilement concevable ! Ocelot convie juste le spectateur au plaisir simple de la fiction.
Les personnages sont des silhouettes noires évoluant sur un arrière-plan aux couleurs éclatantes à la manière des ombres chinoises. Le noir laisse place à l’imagination et justifie ainsi pleinement l'appellation de « contes » pour ces histoires, puisque tout n’est pas dessiné, imposé : Ocelot invite le spectateur à bâtir avec lui ses histoires. Autant dire qu’on se laisse immédiatement emporter.
La beauté de l’animation est encore rehaussée par la 3D, très simple mais d’autant plus belle, et qui trouve ici une place tout à fait naturelle et même essentielle dans ce théâtre d’ombres chinoises pour séparer les différents plans. Les cinq premiers contes ont déjà été diffusés à la télé en octobre 2010 dans la série « Dragons et Princesses », le dernier est inédit et c’est celui qui joue le plus sur la 3D en se permettant même quelques effets de jaillissement. Une preuve de plus que la 3D est un nouvel outil extraordinaire pour les cinéastes, qui ne se réduit pas comme on voudrait le faire croire à un surcoût tarifaire pour blockbusters américains (dont très peu ont pour le moment su l'utiliser correctement depuis "Avatar"...).

On retiendra…
L’animation merveilleuse d’Ocelot ennoblie par la 3D. Chacune des plongées dans son univers est un régal.

On oubliera…
Aucune histoire concrète ne relie entre eux les contes, ce qui à la fin du film donne une fin un peu abrupte et ne justifie pas entièrement l’appellation de long-métrage.

« Les contes de la nuit » de Michel Ocelot.

Difficile d'y succomber (Le moine)

Ce nouveau film de Dominik Moll était attendu comme ses deux derniers (« Harry, un ami qui vous veut du bien » en 2000 et « Lemming » en 2005) en sélection officielle à Cannes. Son absence au festival n’augurait rien de bon. Et en effet, « Le Moine » est une petite déception.


 Un décor éblouissant…
« Le moine » est une adaptation d’un roman homonyme de 1796. La photographie, les décors, les costumes sont très beaux et aboutissent à une image extraordinaire. Les couloirs du couvent, son cloître et son église, la ville et les extérieurs sont magnifiques : on se croirait dans un tableau. L’image vaut à elle seule le visionnage du film et constitue assurément un spectacle en soi, mais qui s’avère hélas n’être que le seul intérêt du film.

...où se joue mal une histoire courue d’avance
On se lasse en effet bien vite de cette histoire très laborieusement racontée. Vincent Cassel fait plus que porter le film sur ses épaules : il le traîne derrière lui, étant presque le seul à être convaincant dans son rôle. Du coup, dans cette histoire de tentation, on ne comprend pas très bien pourquoi il succombe si vite et de si nombreuses fois au péché. A croire que le réalisateur s’est trop concentré sur la beauté picturale de ses décors, au point d’en oublier sa direction d’acteur.
Empêtré dans une mise en scène hiératique, le film reste désespérément froid et plat, alors que la tragédie qu’il raconte devrait être un formidable bouillon d’émotions, puisque ce sont elles qui sont à l’origine de tout dans cette histoire. En ne laissant aucun espace de liberté à son film, aussi solennel que le couvent où se déroule l’histoire, le réalisateur n’arrive jamais à rendre surprenante son histoire : le spectateur a déjà tout deviné. Le dénouement final, au lieu d’atteindre un sommet d’émotion, se révèle juste être passablement ennuyeux. Seule la toute dernière scène commence à redresser la pente, mais c’est déjà trop tard : le film est fini.

On retiendra…
La somptuosité des images : spectaculaire.

On oubliera…
L’absence totale d’émotion et de souffle, la médiocrité de la plupart des acteurs, le scénario qui se devine à l’avance.

« Le moine » de Dominik Moll, avec Vincent Cassel,…

lundi 1 août 2011

C'est l'été, partez en balade 2 (La balade sauvage)

Le premier film d’un réalisateur expérimenté et reconnu comme maître est toujours éminemment intéressant, mais parfois dangereux pour la réputation qu’on accordait au réalisateur : tout simplement, le premier film est souvent le moins bon. J’avais eu la mauvaise idée de regarder un des premiers films de Martin Scorsese, « Boxcar Bertha », que je déconseille fortement. Stanley Kubrick a renié son premier long-métrage « Fear and Desire » et brûlé toutes les copies existantes (sauf quelques unes puisqu’on en a miraculeusement retrouvé cette année…), un geste facile que je n’approuve pas non plus mais qui doit en dire long sur la qualité du film.
Mais aucune de ces craintes ne peut affecter le spectateur de « La balade sauvage », d’abord parce que le film n’est pas vieux, puis parce que le perfectionnisme de Terrence Malick, qui s’est imposé depuis comme une des figures les plus importantes du cinéma contemporain – la plus importante, sûrement – est présent dès son premier film, qui a laissé froid la critique à sa sortie en 1975 mais qui est reconnu aujourd’hui comme un véritable chef-d’œuvre (comme d’habitude avec Malick).


Un thème inédit chez Malick
Et en effet, le film est très bon. Pas aussi phénoménal que ce qu’il a réalisé depuis lors, mais déjà très beau et émouvant. Martin Sheen et Sissy Spacek jouent aussi bien que tous les acteurs avec lesquels Malick a travaillé, au point qu’on peut désormais se demander si c’est parce qu’un acteur est bon qu’il joue pour Malick ou si c’est parce qu’il joue pour Malick que l’acteur est bon… L’histoire typiquement malickienne comporte en plus un aspect psychologique (tournant autour de la folie) assez inattendu, une façon de voir le film et les personnages qui ne se retrouve plus dans ses films suivants : on se demande en effet pendant tout le film si Kit (Martin Sheen) est authentiquement fou ou si il le devient, à moins qu’il ne le soit pas du tout, et comment se fait-il que Holly (Sissy Spacek) soit aussi atone. C’est cet aspect-là qui a le plus dérangé la critique à la sortie du film, mais vu qu’il a été perdu, ou abandonné, par Malick, il est désormais devenu le plus intéressant de l’oeuvre.

Mesurer le chemin parcouru
Voir « La balade sauvage » aujourd’hui, après l’expérience difficilement oubliable de « The tree of life » est captivant car on y reconnaît déjà tous les éléments du cinéma malickien (de la magnificence de la nature et des grands espaces à la réutilisation de musiques classiques), mais parfois à l’état de prototype, au vu de ce que le réalisateur a livré dernièrement. Par exemple, la voix-off est déjà là, mais comme dans son film suivant, « Les moissons du ciel », elle reste strictement attachée à ce qui est montré à l’écran. Une simple narration des faits, un commentaire par un des personnages de ses propres gestes. Ici c’est Sissy Spacek qui raconte l’histoire. On s’attend même pendant un certain temps à ce que le récit qu’elle nous livre pendant le film soit à la fin celui qu’elle fait à un policier - hypothèse qui se révélera fausse. Une telle voix-off est impensable aujourd’hui, depuis « La ligne rouge » celle-ci ne reflète plus que les pensées intérieures d’un ou de plusieurs personnages, en liaison plus ou moins floue avec l’image.
« La balade sauvage » contient à l’état 1.0 toutes les spécificités du cinéma de Terrence Malick, qu’il a en cinq films profondément fait évoluer dans son projet de réalisation d’une expérience cinématographique totale, détachée de l’influence du théâtre ; spécificités conférant à Malick toutes ces longueurs d’avance qu’il possède sur n’importe quel cinéaste actuel. Le chemin parcouru est énorme, et « La balade sauvage » permet d’en mesurer l’étendue, tout en confirmant une fois encore l'immense talent du cinéaste.

On retiendra…
La présence des thèmes propres au cinéma de Malick, plus un aspect schizophrénique inédit et singulier. Le couple formé par Martin Sheen et Sissy Spacek.

« La balade sauvage » de Terrence Malick, avec Martin Sheen, Sissy Spacek,…

C'est l'été, partez en balade 1 (Balada triste)


« Balada triste » (de trompeta en VO) est un film fou furieux qui va à 100 à l’heure. Des films de Alex de la Iglesia, je n’avais vu que « Le crime farpait » qui était remarquable dans sa première partie puis qui s’effondrait, à court de souffle. Ici, le réalisateur espagnol ne s’est pas relâché et nous propose un spectacle grotesque, triste, barbare, drôle et émouvant – oui, tout ça à la fois.


Le film démarre sur un rythme si effréné qu’on attend patiemment que l’introduction se termine et que le film se calme. Mais pas du tout : le réalisateur maintient le rythme de bout en bout ! C’était là le principal écueil attendant le cinéaste, qui avec sa réalisation à la stylisation si excessive provoquait l’écœurement et l’indigestion du spectateur avant la fin de son œuvre. Ecueil évité, donc : le scénario de « Balada triste » (écrit comme d’habitude par le réalisateur) est très fort, part dans tous les sens tout en étant d’une simplicité limpide.  Le réalisateur-scénariste donne suffisamment de matière à filmer à sa caméra pour qu’elle ne se fatigue pas, même si on ne pourra nier que certains effets sont à la limite d’épuisement à la fin du long-métrage. Les instants de calme sont en effet très rares et il y a en permanence des effets venant bouleverser le cadre. Une scène de dialogue dure juste le temps qu’il faut pour que le spectateur relâche sa vigilance avant que ne déboule une nouvelle péripétie tonitruante. Le style est outrancier, tout est caricatural, poussé à l’extrême, et c’est d’autant plus beau, et pas seulement visuellement. On reconnaît parfois des similitudes avec le cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Le film poursuit son spectacle enragé jusqu’au final magnifique où il culmine littéralement.
Après une telle course, on pourra quand même regretter qu’une telle débauche ne serve qu’à illustrer une histoire simple, certes émouvante, mais qui aurait peut-être pu exprimer bien plus. A moins que le style du réalisateur ne trouve ici sa limite. Mais seul Alex de la Iglesia pourra répondre à cette question, dans ses réalisations suivantes.
« Balada triste » est donc assurément le chef-d’œuvre en suspens de Alex de la Iglesia ; en suspens car il est bien capable de frapper encore plus fort au prochain : on l’espère !

On retiendra…
Le style fou et frénétique du film, le rythme délirant, un univers propre au réalisateur toujours surprenant.

On oubliera…
Une telle frénésie empêche une profondeur suffisante à un véritable chef-d’œuvre.

« Balada triste » de Alex de la Iglesia, avec Carlos Areces, Antonio de la Torre, Carolina Bang,…